Josselin-La Gacilly. Les enjeux d’une saison touristique inédite
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Publié le 19 août 2026
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Cinq épisodes de canicule, presque pas de pluie et des cultures qui souffrent. Installé depuis trois ans à Saint-Servant-sur-Oust, Benjamin Pickett, jeune maraîcher bio du « Ty potager », vit un été particulièrement éprouvant. Au-delà des pertes immédiates, la sécheresse pourrait aussi avoir des répercussions cet automne et cet hiver. La Confédération paysanne alerte sur la fragilité de certaines exploitations et réclame une priorité d’accès à l’eau pour les productions alimentaires. Du côté des consommateurs aussi, la prise de conscience est là.
« Hier et aujourd’hui, j’étais en train de me dire : j’ai envie d’arrêter. » La phrase de Benjamin Pickett après 3 journées à près de 40 degrés résume ce vendredi 14 août, la lassitude qui gagne parfois le jeune maraîcher de Saint-Servant-sur-Oust. Mais elle est immédiatement suivie d’une autre : « On a tous besoin de manger. On a tous besoin de manger des légumes aussi. Donc il faut trouver des solutions. »
Installé depuis trois ans en maraîchage biologique diversifié, Benjamin Pickett commercialise sa production exclusivement en vente directe, notamment sur les marchés. Cet été 2026 restera pour lui hors normes.
Lorsque nous le rencontrons, le Morbihan vient de subir son cinquième épisode de canicule. Mais plus encore que les pics de température, c’est leur répétition et l’absence de pluie entre ces épisodes qui posent problème. Et ce ne sont pas les quelques millimètres attendus ces prochains jours qui vont changer la donne…
« On comptabilise une pluie d’orage d’environ 20 mm sur la zone de Saint-Servant depuis le début de l’été », estime le maraîcher. Une situation particulièrement difficile pour des cultures très gourmandes en eau. Résultat : des pertes et des rendements en baisse.
Benjamin Pickett dispose d’une réserve alimentée notamment par la récupération des pluies hivernales. Mais cette année, elle s’est révélée insuffisante. Il a pu compter sur la solidarité locale et accéder à d’autres réserves d’eau de surface.
Une expérience qui l’amène à réfléchir à l’avenir : dans un contexte où les hivers peuvent être très humides et les étés extrêmement secs, il estime nécessaire d’améliorer les capacités de stockage de l’eau disponible en période excédentaire.
Dans les champs, les effets de cet été exceptionnel sont déjà visibles. Les haricots verts ont quasiment disparu de sa production cette année. Les tomates, elles, illustrent parfaitement les dérèglements auxquels le maraîcher doit faire face : un coup de chaleur peut provoquer un mûrissement massif et très rapide, puis la production s’effondrer parce que les fleurs ont grillé.
Et les conséquences ne s’arrêteront pas avec la fin de l’été.
C’est actuellement que se préparent les légumes qui arriveront sur les étals dans trois ou quatre mois. Benjamin Pickett a perdu certains de ses premiers semis de choux et des plantations de poireaux. Il a donc dû ressemer. « C’est la première fois que j’en sème aussi tard dans la saison », constate-t-il.
Sous serre, les conditions deviennent parfois extrêmes. Lorsqu’il fait entre 35 et 40 degrés à l’extérieur, Benjamin Pickett estime que la température peut facilement atteindre 55 degrés à l’intérieur.
À ce niveau, les légumes cessent de pousser, les floraisons sont perturbées et les fleurs de tomates tombent, brûlées.
Là encore, il faut investir pour s’adapter. Le maraîcher envisage une nouvelle serre dont les côtés pourront s’ouvrir sur toute la longueur afin d’améliorer considérablement la ventilation. Il réfléchit également à des techniques moins consommatrices d’eau : goutte-à-goutte, paillage ou encore choix de variétés plus résistantes.
Cette situation aura forcément des conséquences économiques. Benjamin Pickett tente de limiter les augmentations pour ne pas rendre les légumes bio inaccessibles, mais il prévient : « Le panier moyen va augmenter clairement. »
La première conséquence sera surtout une baisse du revenu des producteurs, puisqu’il leur est impossible de répercuter l’intégralité des pertes sur les prix.
Le maraîcher souligne cependant la compréhension de nombreux clients en vente directe. Certains sont même venus lui donner un coup de main, notamment pour permettre de travailler plus tôt dans la journée afin d’éviter les fortes chaleurs.
Mais il invite aussi les consommateurs à s’habituer à une réalité nouvelle : l’abondance et la disponibilité permanente de tous les légumes ne sont peut-être plus garanties.
C’est précisément sur ce point que Marie-Eve Taillecours, l’une des trois porte-parole de la Confédération paysanne du Morbihan, tire la sonnette d’alarme.
Le syndicat souhaite attirer particulièrement l’attention sur la situation des maraîchers diversifiés, arboriculteurs, producteurs de fruits et de plantes aromatiques et médicinales.
Son message porte d’abord sur l’accès à l’eau. « Il faut à tout prix qu’il y ait une priorisation de l’eau », affirme Marie-Eve Taillecours, qui estime que ces productions alimentaires doivent passer avant certaines cultures irriguées destinées à d’autres débouchés.
La Confédération paysanne défend plus largement le principe d’un « partage de l’eau », avec comme priorités l’alimentation humaine et le fourrage destiné aux animaux. Elle critique notamment l’utilisation de productions agricoles pour alimenter les méthaniseurs dans le contexte actuel.
Le syndicat alerte également sur la situation financière de ces petites structures. Selon Marie-Eve Taillecours, les pertes de cet été pourront se prolonger durant l’automne, l’hiver et même l’année prochaine, certains plants ou certaines floraisons ayant été détruits.
La Confédération paysanne demande notamment que le seuil de pertes ouvrant l’accès à l’indemnité de solidarité nationale soit ramené de 50 à 30 % pour les productions concernées. Elle réclame également une aide de 5 000 euros par actif pour les maraîchers, arboriculteurs et producteurs de fruits et de plantes aromatiques et médicinales. Il s’agit ici de revendications du syndicat.
Marie-Eve Taillecours ne cache pas sa crainte de voir certaines exploitations disparaître si elles doivent affronter seules les conséquences de cet épisode climatique.
Pour préparer l’avenir, la Confédération paysanne défend un changement plus profond des modèles agricoles : davantage d’exploitations de taille modérée, réparties sur le territoire et moins dépendantes de grandes quantités d’eau.
Sur la gestion de la ressource, le syndicat préconise notamment de replanter des haies, maintenir les prairies et favoriser l’infiltration de l’eau là où elle tombe.
Il ne s’oppose pas au stockage de l’eau, précise Marie-Eve Taillecours, mais défend de petites réserves accessibles au plus grand nombre et demande des aides permettant également aux petites exploitations d’investir dans ces équipements.
Cette inquiétude gagne aussi les consommateurs. Danielle, cliente du groupement de producteurs Clic ta Berouette, se dit d’abord préoccupée par l’avenir des exploitants.
Elle s’attend à devoir modifier ses propres habitudes : « Si on a moins de légumes, on mangera moins de légumes » et, de manière plus générale, « il va falloir malheureusement qu’on s’adapte ».
C’est finalement le même mot qui revient chez le producteur, la représentante syndicale et la consommatrice : s’adapter.
Benjamin Pickett veut, lui, continuer. La diversité de ses productions constitue déjà une protection : lorsqu’une culture échoue, une autre peut compenser une partie des pertes. Mais le jeune maraîcher refuse que l’adaptation repose uniquement sur les agriculteurs.
« Ce n’est pas juste à nous d’essayer de trouver des solutions. C’est à tout le monde de mettre la main à la pâte et de changer notre système. »
Ecoutez leurs témoignages dans notre vidéo
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