Val d’Oust. Drame du Mali: le poème du Capitaine Frison-Roche bouleverse la toile

Samedi matin, Michel Guégan, le maire du Val d’Oust a mis en berne le drapeau français sur la façade de la mairie de La Chapelle-Caro en hommage au Capitaine Clément Frison-Roche

Le capitaine Clément Frison-Roche faisait partie des 13 militaires Français morts au Mali lors d’une opération contre des terroristes. Ce jeune homme s’était marié avec une habitante de La Chapelle-Caro (lire notre article en cliquant ici). Pour lui rendre hommage, Michel Guégan le maire de la Chapelle-Caro a mis en berne le drapeau sur la façade de la mairie, samedi matin.

Le capitaine Clément Frison Roche avait suivi sa formation à Saint-Cyr Coëtquidan et il y a cinq ans, il avait écrit un poème qui est largement relayé sur les réseaux sociaux notamment par certains élus dont Eric Ciotti le député des Alpes-maritimes depuis lundi. Interrogé par nos confrères de La Dépêche, le père du jeune homme a confirmé qu’il était bien l’auteur de ce poème. A la veille des obsèques du Capitaine Frison-Roche qui auront lieu ce mercredi à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) ce texte prémonitoire dont la puissance donne le frisson, prend aujourd’hui une dimension particulière par son titre et son contenu. Jugez-en par vous-même:

 

« Pour que vive la France

« Ainsi, toujours poussés vers une étrange quête
Nos pères s’en allaient-ils bravant la destinée,
Tantôt l’air abattu par le poids des conquêtes,
Tantôt l’air guilleret de leurs jeunes années.

Sur les champs de bataille, côtoyant la laideur,
Ils connaissaient la vie et ses plus tristes heures.
Pas un ne regrettait mais tous avaient au cœur
Ce que signifiait mourir au champ d’honneur.

Du plateau de Pratzen où la brume se fane,
Des tranchées de Verdun aux rizières du Tonquin,
Par-delà le Djebel et les vallées afghanes,
La souffrance et la peur étaient leur quotidien.

Mais pour que vive la France et la gloire de son nom,
Ils portèrent au front son prestigieux emblème,
Et subissant l’affront jusqu’à celui suprême,
Ils tombèrent en héros sous le feu des canons.

Les yeux levés au ciel implorant le pardon,
Leurs corps meurtris exhibait une douleur extrême,
Et dans l’ultime soupir sur leurs visages blêmes,
Leurs lèvres murmuraient ce cantique moribond:

« Oh tendre France, douce gardienne de mon baptême,
Prenez ici ma vie, je vous en fais le don,
Veillez sur ma famille et tous les gens que j’aime,
Et rendez je vous prie mon sacrifice fécond… »

Toi France, ingrate mère à la parure ternie,
Laisseras-tu leurs cris se perdre dans la nuit ?
Ils t’ont donné leur cœur, ils t’ont donné leur vie,
N’est-ce pas révoltant que nul ne les envie ?

À tes illustres fils tombés pour la patrie,
Plutôt que souvenir tu préfères l’oubli,
À tes jeunes enfants disparus aujourd’hui,
Plutôt que bienveillance tu préfères le mépris.

Qu’adviendra-t-il de nous ta jeune génération ?
Parmi les injustices de tes institutions,
Et le désintérêt de ta population,
Ne saurons-nous jamais où part ton attention ?

Quel sort réserves-tu à ceux qui serviront ?
Nulles considérations, seules quelques concessions !
Pourtant tu le sais bien, nous qui te chérissons,
Nous ne demandons rien qu’un peu de compassion !

Et s’il m’advenait un jour de périr en ton nom,
Ce serait avec foi mais non sans une question,
Pour que revive France et la gloire de son nom,
Je te lancerais sans haine ce dernier affront,

Tandis que mon chant du cygne, funeste merveille,
Pareil au flot gémissant de mon sang vermeil,
Fera couler ces mots aux milles résonances:
« France, ma France, qu’as-tu fait de ta reconnaissance ? »

Clément-Frison-Roche »


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