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Publié le 10 août 2026
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Eaux & Vilaine, qui gère le barrage d’Arzal et l’usine de production d’eau potable de Vilaine Atlantique à Férel, est en alerte. Dans un communiqué, l’établissement dresse un constate pessimiste de la situation liée à la sécheresse et annonce des mesures pour sécuriser l’alimentation en eau potable de près d’un million d’habitants.
« La Bretagne connaît une situation de sécheresse généralisée, conjuguée à des épisodes de canicule qui font souffrir les ressources en eau. Eaux & Vilaine, qui gère le barrage d’Arzal et l’usine de production d’eau potable de Vilaine Atlantique à Férel, est en alerte. Le niveau de la Vilaine descend de manière régulière (25 cm sous le niveau normal) et les prévisions n’incitent pas à l’optimisme. Des dispositions rigoureuses doivent être mises en œuvre pour sécuriser une ressource en eau potable qui dessert près d’un million d’habitants en haute saison.
La Bretagne, et plus particulièrement le bassin de la Vilaine, dispose de peu de nappes souterraines. L’approvisionnement en eau potable repose essentiellement sur les eaux superficielles (rivières, retenues d’eau). De surcroît, il suffit de quelques semaines sans précipitations pour créer une situation de sécheresse ou inversement, de quelques semaines de pluie, pour être en crue. Grâce à un important réseau d’interconnexions, la coopération et la solidarité des grands producteurs d’eau potable permettent de palier les périodes de déficit en eau. Or, la situation actuelle de sécheresse généralisée à l’échelle régionale, met l’ensemble des ressources à rude épreuve, dont celle, cruciale, contrôlée par le barrage d’Arzal.
Arzal, un ouvrage aux multiples usages qui contrôle une réserve d’eau douce cruciale
À l’embouchure de la Vilaine, le barrage d’Arzal, mis en service en 1970, est l’ouvrage clé qui permet de réguler les niveaux sur la Vilaine aval, de Redon à la mer. Son objectif premier était la lutte contre les inondations. Depuis, le plan d’eau créé en amont de l’ouvrage a permis le développement du tourisme et de la navigation de plaisance. Il constitue également une réserve d’eau douce de première importance : l’usine de Vilaine Atlantique, dont la prise d’eau est installée à l’amont immédiat du barrage, est la plus importante de Bretagne. Elle peut produire jusqu’à 90 000 m3 d’eau par jour à destination du sud de la Bretagne, de la LoireAtlantique et de la région Rennaise (l’Aqueduc Vilaine Atlantique, qui relie les usines de Vilaine Atlantique et de Villejean à Rennes et qui peut fonctionner dans les deux sens, a été mis en service en 2024). Les usages multiples gérés par le barrage sont parfois difficiles à concilier, notamment la navigation et l’eau potable en période de sécheresse. On parle de conflit d’usages. En situation de crise, l’alimentation en eau potable est prioritaire et la navigation est alors restreinte.
Eau salée et eau douce, un combo à réguler pour assurer la production d’eau potable
On dénombre près de 15 000 passages de bateaux par an à l’écluse du barrage d’Arzal, la majorité en période estivale. Lors de chaque éclusage, de l’eau salée entre en Vilaine, dans la ressource potabilisable. Les bromures et les chlorures contenus dans l’eau salée doivent être contenus au maximum pour sécuriser le process de potabilisation à l’usine de Vilaine Atlantique.
Les siphons, une ingénierie limitée
Pour limiter ce risque, deux conduites installées en fond de Vilaine et traversant la digue, permettent de renvoyer l’eau salée en aval du barrage avant qu’elle n’arrive à la prise d’eau. « Ce système, qu’on appelle « les siphons », a fait ses preuves, tant qu’il y a du débit dans le fleuve », précise Aldo Penasso, Responsable du Pôle Eau Potable et Hydraulique à l’EPTB Eaux & Vilaine. « Néanmoins, il présente deux inconvénients ». Il ne fonctionne qu’à la marée, soit la moitié du temps, et n’évacue donc pas 100% des chlorures. De plus c’est un grand consommateur de ressource qui ne fait pas la différence entre eau douce et eau salée. « Pour 1 m3 d’eau salée qui rentre, on évacue 10 m3 d’eau douce en aval dubarrage ». Un problème majeur en l’absence de précipitations…
À situation exceptionnelle…
En situation dite « classique », lorsque les bateaux passent l’écluse, l’eau salée est « siphonnée » en aval du barrage et l’eau pompée par l’usine d’eau potable est traitée. Quand les débits chutent mais ne perturbent pas le niveau d’eau, le nombre d’éclusages est réduit pour limiter les intrusions d’eau salée en assurant aminima la navigation. « Malheureusement, dans la situation actuelle, avec un déficit de précipitations conjugué à des épisodes caniculaires répétés, les débits de la Vilaine ne sont plus suffisants pour maintenir les niveaux, qui baissent d’un à deux cm par jour, mettant en péril la ressource d’eau potable. ».
…Mesures exceptionnelles
Le seul levier d’action possible : « fermer les robinets, c’est-à-dire nos siphons, pour économiser l’eau ». Or sans système anti-salinité, le franchissement de l’écluse par les bateaux doit être interrompu…
Une concertation avec les acteurs locaux pour maintenir les usages
Les restrictions, mises en place progressivement, ont fait l’objet d’une concertation avec la Compagnie des Ports du Morbihan et les associations de plaisanciers, pour essayer de maintenir les usages le plus longtemps possible. Mais la fin d’été s’annonce très compliquée…
Une situation qui va durer… et des restrictions qui vont se durcir
Les prévisions n’incitent pas à l’optimisme. Aucune pluie significative n’est prévue à court terme et des températures supérieures à 30 degrés sont encore annoncées toute la semaine. Même si le fonctionnement de l’écluse est maintenu jusqu’au 15 août (avec des restrictions), ces mesures ne permettent pas d’enrayer la baisse des niveaux en Vilaine, qui n’ont pas encore atteint les niveaux de 2022, mais ce n’est qu’une question de temps… « Des mesures plus drastiques seront malheureusement à envisager à partir de la semaine prochaine ». Et sauf retournement météo, aucune sortie de crise n’est à envisager avant l’automne…
Quid du projet de l’écluse anti-salinité ?
L’aménagement d’une nouvelle écluse anti-salinité au barrage d’Arzal constituera un outil efficace pour optimiser la gestion de la Vilaine aval et résoudre les conflits d’usage récurrents entre la production d’eau potable et la navigation de plaisance, tout en intégrant les impacts prévisibles liés au changement climatique. Le système anti-salinité permettra en situation de sécheresse d’économiser 300 000 de m3 d’eau douce jour, pour sécuriser la réserve protabilisable. Les travaux sont en cours mais ce nouvel équipement n’est pas attendu avant l’été 2027. »
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