Publié le 14 septembre 2026
Beignon. Métallurgie : face aux difficultés de recrutement, la Bretagne veut « changer de braquet »
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Première branche industrielle de Bretagne, la métallurgie emploie plus de 62 000 personnes mais peine toujours à recruter. État, Région, employeurs et syndicats ont signé ce lundi 14 septembre, chez Métal Performances à Beignon, un pacte sectoriel qui doit déboucher sur des actions concrètes d’ici 2028 en matière de formation, d’emploi, de transition et d’attractivité des métiers (voir notre vidéo).
Le lieu choisi pour cette signature n’avait rien d’anodin. C’est au cœur des ateliers de l’entreprise Métal Performances, à Beignon, que les représentants de l’État, de la Région Bretagne, de l’UIMM et des organisations syndicales CFDT et CFE-CGC se sont retrouvés ce lundi matin.
Une entreprise qui illustre assez bien les enjeux auxquels le nouveau pacte sectoriel « Métallurgie » entend répondre.
Créée en 2005 et aujourd’hui dirigée par Jimmy Fauchoux, cette PME familiale de chaudronnerie industrielle emploie 45 collaborateurs. Elle intervient notamment dans l’agroalimentaire, la pharmacie et la chimie et se diversifie désormais vers l’aérospatial et la défense.
62 000 emplois mais toujours des difficultés à recruter
Car derrière le poids économique de la métallurgie bretonne se cache une difficulté persistante : trouver les femmes et les hommes dont les entreprises ont besoin.
Avec plus de 2 200 entreprises et près de 62 000 actifs, la métallurgie constitue la première branche industrielle de Bretagne. Elle intervient dans des secteurs aussi stratégiques que le naval, l’aéronautique et le spatial, la défense, les énergies décarbonées, l’électronique, les équipements ou le machinisme agricole.
Selon Stéphane Deschamps, président de l’UIMM Bretagne, environ 7 000 recrutements sont réalisés chaque année dans la branche et plus de 90 % des emplois proposés sont des CDI. Mais 70 % des recrutements seraient considérés comme très difficiles.
« Il est urgent d’agir et de changer de braquet pour l’industrie en Bretagne », a-t-il lancé. La féminisation constitue un autre chantier. Les femmes représentent actuellement environ 23 % des effectifs de la métallurgie, selon l’UIMM, qui vise 33 % à l’horizon 2030.
Un moratoire sur les fermetures des formations industrielles
C’est précisément l’une des trois grandes priorités du pacte signé à Beignon : renforcer l’attractivité des métiers et adapter les compétences.
Il s’agit de mieux faire connaître les possibilités offertes par l’industrie, notamment auprès des jeunes, mais également des personnes en reconversion, et d’adapter les parcours de formation aux besoins réels des entreprises.
Une nécessité que Jimmy Fauchoux rencontre quotidiennement. « Ne serait-ce que pour faire venir des personnes chez nous et leur faire connaître le métier, c’est compliqué », constate-t-il.
Métal Performances a donc choisi de créer sa propre école interne de soudage. L’entreprise accueille notamment des personnes en reconversion et les forme à ses métiers.
Pour Laurence Fortin, vice-présidente de la Région Bretagne chargée notamment de l’économie et de l’industrie, les moyens financiers ne suffiront pas si les métiers eux-mêmes ne parviennent pas à attirer : « Aucun budget, aussi élevé soit-il, ne permettra de compenser l’absence d’attractivité d’un métier. »
La Région annonce d’ailleurs un moratoire sur la fermeture des formations industrielles jusqu’en 2028, en faisant le pari d’une amélioration de leur remplissage.
« Pas de chèque en blanc » pour la CFDT
Les organisations syndicales ont approuvé la démarche tout en posant leurs conditions. Pour Laurent Valy, de la Fédération générale des mines et de la métallurgie CFDT, attirer de nouveaux salariés passe aussi par la qualité des emplois : rémunérations, possibilités d’évolution, formation, santé, sécurité et équilibre entre vie professionnelle et personnelle. « Pas de chèque en blanc », a-t-il prévenu. La CFDT entend être attentive aux moyens réellement engagés et aux résultats obtenus.
Richard Hervé, de la CFE-CGC, a également exprimé l’espoir que la mobilisation des différents partenaires contribue à la fois au développement de la métallurgie bretonne et à « une amélioration de l’emploi et de la qualité du travail des salariés ».
Métal Performances investit 3 millions d’euros
Le deuxième grand volet du pacte concerne les transformations écologiques, énergétiques et numériques de l’industrie.
Là encore, l’entreprise de Beignon offre une illustration concrète. Métal Performances vient d’investir 3 millions d’euros dans l’extension de son atelier, avec notamment 1 400 m² supplémentaires et la modernisation de son outil de production.
Elle travaille également sur l’intelligence artificielle et la donnée afin de répondre aux exigences de marchés comme l’aérospatial et la défense.
Mais l’un de ses investissements les plus emblématiques concerne l’eau. Le traitement de surface représentait jusqu’ici environ 95 % de la consommation d’eau de l’entreprise, selon son dirigeant. Un nouveau bâtiment doit permettre de fonctionner en circuit fermé, avec récupération des eaux de pluie et traitement des effluents par phytoépuration. Le dispositif est actuellement en cours de mise en service.
Un pacte pour passer « de la parole aux actes »
Le troisième axe porte sur l’inclusion : amélioration des conditions et de la qualité de vie au travail, intégration durable des salariés, accès des jeunes et des personnes éloignées de l’emploi à ces métiers, mais aussi développement de la mixité femmes-hommes.
Pour Ludovic Magnier, directeur régional de l’emploi, l’enjeu est désormais de faire de ce pacte autre chose qu’un document institutionnel. « Notre enjeu, c’est maintenant de mettre tout cela en cohérence et de passer à l’action. »
C’est aussi tout le sens du choix de Métal Performances pour cette signature. Derrière les grandes orientations régionales, les difficultés sont celles que rencontrent quotidiennement les entreprises : recruter un soudeur ou un chaudronnier, former un salarié, attirer davantage de femmes, réussir une reconversion ou adapter les compétences à la robotisation et à l’intelligence artificielle.
Le pacte signé à Beignon est prévu pour trois ans, jusqu’en 2028. État, Région, employeurs et représentants des salariés se retrouveront donc désormais sur un autre terrain, celui des résultats.
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