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Journées européennes du patrimoine 2026

Publié le 19 septembre 2026

Guer. Insolite : au château de la Ville-Huë, l’étonnante « bibliothèque des toits » de Loïc Boisnard

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Certaines ressemblent davantage à de simples pierres qu’à des ardoises. Et pourtant, les plus anciennes pourraient avoir sept siècles. À l’occasion des Journées européennes du patrimoine, le château de la Ville-Huë, à Guer, accueille une exposition pour le moins insolite. Loïc Boisnard, maître couvreur et Compagnon du Devoir, y dévoile une partie de son étonnante collection. Un patrimoine qu’il traque, identifie, classe et documente depuis des années, en véritable « archéologue des toits ».

Il suffit de regarder les tables installées devant le château de la Ville-Huë pour comprendre que Loïc Boisnard n’est pas tout à fait un couvreur comme les autres. Des dizaines d’ardoises de toutes les formes, de toutes les couleurs et de toutes les épaisseurs y côtoient d’étranges marteaux, des outils anciens et même des morceaux de toiture reconstitués.

Pour le néophyte, certaines des pièces les plus anciennes ressemblent d’ailleurs davantage à de simples pierres plates qu’à des éléments de toiture.

Pas pour Loïc Boisnard.

Il suffit qu’il en prenne une en main pour qu’elle commence à raconter son histoire : son époque, la manière dont elle a été taillée, la façon dont elle était fixée sur le toit et parfois même le secteur dont elle pourrait provenir.

« Le métier, c’est couvreur. Mais après, l’archéologie, c’est une passion », sourit-il.

Des ardoises du XIIIe siècle

Loïc Boisnard est artisan d’art, couvreur ornemaniste. Artisan depuis 2002, il est inscrit au répertoire des métiers d’art depuis 2011. Quant au titre d’« archéologue-couvreur », il l’accepte avec prudence.

« Le terme n’est pas vraiment reconnu. Je suis le seul vraiment dans cette discipline-là », explique-t-il. Mais à observer son exposition, le mot d’archéologue ne semble pas complètement usurpé. Il présente notamment d’épaisses ardoises irrégulières qu’il estime du XIIIe ou du XIVe siècle.

« Dès qu’on a une ardoise plus épaisse, qui est souvent irrégulière, qui n’est pas lisse, on serait plutôt du XIIIe-XIVe siècle. » Au fil des siècles, la transformation apparaît sous les yeux du visiteur. Les ardoises deviennent progressivement plus régulières, plus lisses et plus fines. Leur forme change, tout comme les techniques utilisées pour les fixer.

Une évolution que Loïc Boisnard a appris à décrypter.

Plus de 200 échantillons

Car le couvreur ne se contente pas de récupérer de vieilles ardoises au hasard de ses chantiers.

Il les inventorie, les dessine, les compare et cherche à les dater. Lorsqu’il découvre un ancien site d’extraction, il prélève également un échantillon du schiste. Sa collection en rassemble aujourd’hui plus de 200.

Peu à peu, il s’est ainsi constitué un outil assez extraordinaire pour identifier les matériaux retrouvés sur les bâtiments anciens. Une véritable « bibliothèque des ardoises du pays ». Et comme dans une bibliothèque, chaque élément est documenté.

Derrière les tables de l’exposition, des classeurs témoignent de l’ampleur du travail. Loïc Boisnard photographie les anciennes carrières, les localise, conserve des vues aériennes et rassemble les informations qu’il parvient à retrouver.

« Je range toutes ces carrière dans un classeur », explique-t-il en ouvrant ses dossiers.

À la recherche des ardoisières disparues

Cette passion l’amène à parcourir la Bretagne à la recherche d’ardoisières parfois disparues depuis plus d’un siècle. Certaines ne sont plus connues aujourd’hui que grâce à quelques traces dans le paysage ou dans les archives.

Et retrouver ces anciennes exploitations peut permettre de résoudre une autre énigme : d’où vient l’ardoise découverte sur un vieux bâtiment ?

Autrefois, le poids des matériaux et le coût de leur transport imposaient généralement de s’approvisionner à proximité. « Souvent, c’est aux alentours de 10 km maximum », explique Loïc Boisnard. Il a un truc infaillible pour détecter une ardoisière disparue. « S’il y a un tas de déchets issus de la découpe, alors c’est sur, il y avait une ardoisière à cet endroit ».

Comparer une ardoise trouvée lors d’un chantier avec les échantillons prélevés dans d’anciennes carrières peut donc permettre d’en déterminer l’origine probable.

C’est là que sa collection prend une autre dimension : elle n’est plus seulement celle d’un passionné. Elle devient un outil de compréhension du patrimoine bâti.

Un toit peut raconter ceux qui vivaient dessous

L’ardoise renseigne également sur l’époque et parfois sur le statut de ceux qui occupaient le bâtiment. Loïc Boisnard montre comment, sur des constructions pourtant très proches géographiquement, les matériaux ou les techniques pouvaient varier en fonction des moyens des propriétaires.

Les couvertures les plus élaborées notamment avec des faitières vernissées n’étaient évidemment pas à la portée de tous. Au fil de son exposition apparaissent ainsi des ardoises décoratives en écaille ou en pointe, différents systèmes de faîtage, des clous forgés puis industriels…

Le toit devient presque un marqueur social.

Et pour comprendre comment ces couvertures étaient réalisées, le maître couvreur a aussi rassemblé une impressionnante collection d’outils. Marteaux, coins, ciseaux à pierre et outils de couvreurs ou de chaumiers retracent plusieurs siècles de gestes professionnels.

Là encore, ce qui est présenté à Guer ne constitue qu’une partie de ce qu’il possède. « Je n’ai pas tout amené », glisse-t-il. Chez lui, Loïc Boisnard conserve un petit musée privé consacré à ses recherches, qui n’est pas habituellement accessible au public.

Quinze ans sur les toits de la Ville-Huë

Le lieu choisi pour présenter cette collection n’est pas anodin. Loïc Boisnard connaît particulièrement bien le château de la Ville-Huë puisqu’il entretient sa toiture depuis plus de quinze ans.

« On est un peu en amitié avec les propriétaires. Ils savaient que j’étais passionné par mon métier », raconte-t-il pour expliquer la naissance de cette exposition.

Certaines pièces présentées viennent d’ailleurs directement du château. La demeure possède elle-même une histoire particulièrement longue. Selon les propriétaires, la Ville-Huë est dans la même famille depuis plus de 700 ans et est aujourd’hui habitée par la 25e génération.

Fondé au début du XIVe siècle, le château a été agrandi au XVIIe avant de prendre sa forme actuelle à partir de 1866, sous la direction de l’architecte rennais Aristide Toussaint Tourneux. Son parc paysager a été dessiné à la fin du XIXe siècle par les frères Bühler.

Le bâtiment a aussi connu un important incendie en 1947, dont Loïc Boisnard présente certains témoins liés à sa toiture.

Une passion qui déborde des toits

À force de chercher, le couvreur a même largement dépassé le cadre de son métier. Il s’intéresse désormais aux anciennes tuileries et à d’autres vestiges rencontrés au cours de ses recherches. Il évoque notamment ses travaux de recensement de sites et de matériaux anciens.

Mais l’ardoise reste son fil conducteur. Une simple pierre grisâtre devient entre ses mains le point de départ d’une enquête : quel âge a-t-elle ? D’où vient-elle ? Comment a-t-elle été taillée ? Comment tenait-elle sur le toit ? Qui pouvait se permettre de l’utiliser ?

Autant de questions auxquelles ses centaines d’échantillons et ses classeurs tentent progressivement d’apporter des réponses.

Les enfants pourront essayer de tailler l’ardoise

Ce week-end, Loïc Boisnard partage cette passion avec les visiteurs de la Ville-Huë. Il proposera des démonstrations de taille d’ardoise, tandis que les enfants à partir de 10 ans pourront eux-mêmes s’essayer au geste du couvreur.

Une occasion rare de découvrir l’envers des toitures anciennes et, probablement, de ne plus regarder de la même manière les ardoises qui recouvrent châteaux, manoirs, chapelles et vieilles maisons de Bretagne.

Car derrière ces pierres que l’on remarque à peine se cache parfois une archive vieille de plusieurs siècles.

Et Loïc Boisnard a entrepris, une à une, d’en retrouver les pages. Et il rêve, un jour, de créer un véritable musée ouvert au public

Pratique

Château de la Ville-Huë, Guer, dans le cadre des Journées européennes du patrimoine.

Samedi 19 septembre : 10 h à 12 h 30 et 14 h à 19 h.
Dimanche 20 septembre : 14 h à 18 h.

Exposition de Loïc Boisnard sur l’archéologie du toit, démonstrations et atelier de taille d’ardoise pour les enfants à partir de 10 ans. Une exposition consacrée au patrimoine historique, archéologique et bâti du Pays de Guer est également proposée.

Visite libre du parc. Des visites guidées des salons du château, limitées à 18 personnes, sont organisées samedi à 10 h, 11 h, 12 h, 14 h, 15 h, 16 h et 17 h ; dimanche à 14 h, 15 h et 16 h.

Renseignements : 06 80 90 98 22.

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