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Saint-Malo de Beignon

Publié le 12 juin 2021

Ploërmel. Bombardements du 12 juin 44: le témoignage poignant de Guy Angée

Il y a 77 ans, Ploërmel croulait sous les bombes pendant 3 jours. Moins d’une semaine après le débarquement allié du 6 juin 1944, Ploërmel tremblait sous les bombes de l’aviation américaine, les 12, 13 et 18 juin. L’objectif des Américains était de retarder l’envoi de renforts allemands vers le front de Normandie. Les alliés avaient pour mission d’atteindre la gare et les voies ferrées de Ploërmel, car ses entrepôts et les wagons regorgeaient de munitions allemandes…

Mais, Ploërmel paya un lourd tribu…

Le lundi 12 juin vers 8 h 30, une quinzaine d’avions bombardent d’abord la zone du lac non peuplée, mais dans un second temps le centre ville et ses alentours sont touchés ! Un mouvement de panique s’empare des habitants. Des cris envahissent la ville ! Les Ploërmelais courent, cherchent à se cacher, pleurent et prient… Les rues se vident. Chacun essaye de trouver refuge dans les abris. Les caves sont prises d’assaut…

Guy Angée venait d’avoir 8 ans. Il vivait avec les siens rue Saint-Michel (aujourd’hui devenue la rue du 8 mai 1945). C’était le jour de sa fête (la Saint-Guy !) Aujourd’hui, à 85 ans, domicilié à La Basse Goulaine, non loin de Nantes, il raconte : “Une drôle de fête et un sacré feu d’artifice ce jour-là ! J’étais sous les bombardements… »

Pendant l’occupation, l’école La Mennais que fréquentait Guy était réquisitionnée et occupée par les Allemands. Son école de remplacement se trouvait dans une ancienne boutique à côté d’une épicerie. C’est là que son maître faisait classe. La petite place derrière l’église servait de cour pour les récréations. A 8h, ce lundi 12 juin, alors que les élèves sont assis et s’apprêtent à ouvrir leurs livres, on aperçoit des avions dans le ciel en hauteur !

Soudainement, le bruit est assourdissant et les vitres volent en éclats !

Guy se souvient : “A 8 h 30, je refusais d’aller à l’abri, je m’accrochais au tronc d’un cerisier. Le maître dirige tous les enfants vers un abri au fond du jardin. Je ne voulais pas le suivre, car j’étais devenu claustrophobe, depuis que Serge mon frère m’avait enfermé petit dans le frigidaire ! Le maître est venu me chercher, me tirait de toutes ses forces, mais je tenais bon, agrippé à mon arbre ! Les pans des maisons s’écroulaient autour de nous, les bombes explosaient dans un bruit infernal. Je résistais toujours, quand soudainement au même moment une bombe, de la grandeur d’un homme, tombe sur l’abri et fait des morts ! Quelques secondes plus tard, une seconde bombe tombe à côté de nous (le maître et moi) et fait un cratère. Par miracle, elle n’explose pas ! Nous échappons à une mort certaine, nous aurions pu être pulvérisés !”

Ensuite l’enseignant et l’enfant traverse la classe et arrivent place du marché. Il y a de la poussière partout. Ils entrent dans le sous-sol de l’épicier. Guy se souvient être assis avec les autres, sur un tas de boîtes de sucre dans la cave de l’épicerie. Il y a aussi des boîtes de conserve. Il voit des femmes en robe de chambre qui pleurent et prient et il avoue “Après tant d’années de privation, j’ai volé des morceaux de sucre…”

Pour le petit copain de jeux de Guy Angée, François Raut, la journée va être dramatique. Alors qu’il se trouvait place de l’Union, au moment des bombardements, en compagnie de sa mère, de ses 2 frères (16 ans et 14 ans) et de sa soeur Marie 9 ans, une bombe tombe et le touche, lui et sa soeur ! Le frère de 16 ans est soufflé par l’explosion, mais n’est que légèrement blessé. François et sa mère sont indemnes dans leur corps, mais leur cœur est brisé à vie !

Guy ému conserve un souvenir terrible. “Quand nous sortons, le maître et moi, de la cave de l’épicier, il fait nuit ! Il y a des ruines partout, les vitraux de l’église gisent au sol. Le maître s’arrête devant une boucherie sans devanture, et je vois une petite fille avec une jambe en moins, allongée sur la table du boucher ! Aujourd’hui encore, je pense qu’il s’agissait de Marie, la sœur de mon copain !”

Le maître raccompagne Guy chez lui et sur le chemin, ils assistent à des pillages. “Il y avait des gens qui volaient dans les vitrines des boutiques et dans la pharmacie ! En arrivant à la maison, le maître disait plusieurs fois à ma mère : votre fils m’a sauvé la vie ! Heureusement notre maison avait juste les vitres cassées. Louise ma mère était aux 100 coups, dans l’inquiétude pour mon frère 11 ans, car elle n’avait pas eu de ses nouvelles. Par chance, il arrivait ! Sa classe n’était pas dans la zone bombardée. Ensuite des hauts parleurs demandaient aux Ploërmelais de quitter la ville. Avec ma mère, ma grand-mère Perrine et Serge, nous chargeons un maximum d’affaires dans un vieux landau avec un matelas dessus…”

Pour tout le monde, c’est l’exode. La famille de Guy trouvera refuge dans une petite maison dans le village de La ville Gourio.

Au total, 70 bombes se sont écrasées sur le centre de Ploërmel et plus de 200 sur les villages avoisinants. Le bilan constaté est terrible. Pour la seule journée du lundi 12 juin, on enregistre 31 morts et 125 blessés. 490 maisons et immeubles sont détruits. L’hôpital, l’église et la gendarmerie sont lourdement endommagés…

Le lendemain mardi 13 juin, c’est en soirée aux environs de 21h, que de nombreuses bombes de 900 à 1000 kilos s’écrasent, à leur tour, près du pont de la Trinité, visant la voie ferrée, sans toucher la ville cette fois ! Rien que la propriété de La Touche en reçoit 96.

Un troisième bombardement a lieu encore le dimanche 18 juin, au moment même où à moins de 20 kilomètres de là, commence la bataille du maquis de St-Marcel. Ploërmel est victime de 12 bombardiers anglais cette fois, qui rendent enfin la gare inutilisable ! Il n’y a  pas de victimes…

Guy se rappelle avoir encore assisté, ce 18 juin, à la chute d’une bombe. “Je gardais les vaches de la ferme non loin de notre petite maison en terre battue à la Ville Gourio. Il y avait ma mère, ma grand-mère et Serge ! Je me rappelle que nous avons beaucoup prié. On se serrait les uns contre les autres et se protégeait contre un talus. Ma mère nous faisait réciter notre acte de contrition ! On a vu une énorme bombe tomber à un peu plus de 100 m de nous, dans les champs.”

Au total, ce sont 493 bombes qui sont lâchées sur Ploërmel lors des 3 opérations.

A l’époque, le maire Louis Guillois s’exprime « Même si la guerre a ses nécessités, rien ne justifie de bombarder une ville sans défense ».

Ploërmel est vidée de sa population. Les habitants ne réapparaîtront, qu’à partir du 5 et 6 août 44 : jours de la libération de la ville par les FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) et l’arrivée des chars Américains…

INFOS PRATIQUES :

Une stèle a été érigée au cimetière de Ploërmel : (au fond à gauche, en entrant par la porte principale). Il rappelle aux visiteurs l’identité et le sacrifice des 31 victimes de ses bombardements.

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