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Saint-Malo de Beignon

Publié le 5 janvier 2021

COVID 19. L’épineux et coûteux dossier des boues d’épuration

Le coronavirus est décidément imprévisible et coriace. Même nos chasses d’eau n’en viennent pas à bout. Les selles des personnes infectées par la COVID 19 contiennent des traces du virus. Or, après être passés par la case station d’épuration, ces déchets humains finissent comme fertilisant dans les champs. Alors, n’y a-t-il pas un risque de propagation de la maladie par ce vecteur?

Confronté à cette question, le ministère de l’agriculture a saisi en urgence l’ANSES (agence nationale de sécurité sanitaire) le 20 mars dernier, quelques jours après le premier confinement. Les traces du coronavirus sont bien présentes dans les rejets d’assainissement : les hollandais les premiers ont eu l’idée d’effectuer des prélèvements à l’entrée de leur station d’épuration pour détecter sa présence. Les marins-pompiers de Marseille mettent cette technique en oeuvre depuis le mois de juillet pour déceler les secteurs infectés avec 6 jours d’avance.

Mais ces traces ne signifient pas forcément que les eaux usées véhiculent le virus dans sa forme active. Toujours est-il que, principe de précaution oblige, l’ANSES a rendu un avis recommandant l’interdiction d’épandage des boues d’épuration qui n’auraient pas été hygiénisée, c’est à dire aseptisées. C’est le cas de celles qui sortent des petites stations d’épuration, majoritaires sur notre territoire.

Ainsi, depuis le 20 avril dernier, les stocks de boues s’accumulent dans les stations d’épuration en attendant d’être traitées. Cet automne, le sujet est arrivé sur la table de plusieurs conseils municipaux. Car l’affaire représente un surcoût énorme qui se chiffrent en milliers voire en dizaine de milliers d’euros… Les pouvoirs publics ont mis en place des aides financières pour alléger la facture qui pèse sur les collectivités. Le 10 décembre dernier, l’agence de l’eau Loire-Bretagne a annoncé la reconduction des aides jusqu’à la fin de l’année 2021. Mais après?

La fin de l’épandage en plein  champs?

Car les élus locaux ont bien conscience d’arriver à la fin d’un système. Jusqu’alors, les boues issues des stations d’épuration étaient proposées comme engrais gratuit aux agriculteurs. Depuis quelques années, ces derniers sont de plus en plus réticents à les accepter. Et il est probable que cette tendance s’accélère. Car les agriculteurs confrontés à « l’agri-bashing » ambiant, hésiteront sans doute de plus en plus à accepter ces boues qui ne véhiculent pas une très bonne image. Pour certains, la causes est entendue. « C’est fini, plus jamais les boues d’épuration ne seront épandues dans les sols… », nous ont même confiés plusieurs élus et experts au cours de notre enquête. Le sujet est sensible et est sur la table des instances gouvernementales concernées. Des discussions vont avoir lieu et c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les aides ont été prolongées d’une année, le temps que cette réflexion aboutisse, selon des sources proches du dossier

Pourtant, certains spécialistes considèrent ce processus comme exemplaire. « N’oublions pas que ces boues ne sont que le résultat de l’activité humaine, qu’elles présentent des caractéristiques fertilisantes intéressantes et que finalement le fait qu’elles retournent au sol, près de leur lieux de production, c’est un cycle vertueux… », nous ont-ils expliqué. Peut-être, mais les risques d’une contamination de la chaîne alimentaire pourraient bien devenir une menace récurrente avec la possibilité d’une multiplication des crises sanitaires.

Quelles solutions pour l’avenir?

Nous avons devant nous un des exemples de ce « jour d’après » la crise du coronavirus dont tout le monde parle sans trop savoir à quoi il ressemblera. Et ce jour d’après aura des conséquences sonnantes et trébuchantes pour le contribuable. Car les aides de l’Etat pour le traitement des boues ne seront pas éternelles. Cependant, une chose est sure, nous continuerons régulièrement d’aller aux toilettes et il va bien falloir trouver des solutions techniques pour éliminer les boues. Or, tout cela aura un coût qui se retrouvera au final sur la facture d’eau des usagers raccordés à l’assainissement collectif. Certaines communes ont d’ailleurs d’ores et déjà décidé d’anticiper dès à présent la flambée prévisible des coûts de traitement en augmentant les taxes dès à présent pour éviter une hausse brutale dans quelques années.

Il pourrait y avoir aussi des conséquences de politique locale. « On s’aperçoit aujourd’hui que le problème n’est plus techniquement et financièrement de la taille d’une petite commune et cela pose la question de savoir si la bonne échelle n’est pas finalement celle de l’intercommunalité », nous confie un élu de l’OBC dont les communes membres ont majoritairement dit non au transfert de la compétence assainissement au 1er janvier 2020. Ce transfert sera obligatoire au plus tard le 1er janvier 2026. C’est l’inverse pour Ploërmel communauté où l’assainissement est désormais une compétence communautaire. « Quand on voit l’importance des enjeux et des investissements prévisibles, je pense que c’est vraiment une bonne chose… », souligne Patrick Le Diffon, le président de Ploërmel communauté.

 

Quatre questions sur les boues d’épuration

 

Y a-t-il des virus dans les eaux d’assainissement? Oui. On ne sait pas encore avec précision le risque que représente le SAR-cov-2, mais la présence de virus dans les eaux d’assainissement est une réalité dont le Morbihan est un témoin privilégié, avec la crise sanitaire du norovirus qui a frappé la filière ostréicole à l’hiver 2019-2020. Les huîtres agissant comme des filtres ont été contaminées par le virus de la gastro-entérite à la suite du débordement des installations d’assainissement. Un lourd programme a été mis en place par les autorités pour améliorer la sécurité sanitaire du littoral morbihannais.

Y-a-t-il un risque réel de contamination? On ne sait pas. L’étude demandée en urgence à l’ANSES portait « sur une présence possible d’ARN viraux du SARSCoV-
2 (agent de la maladie COVID-19) dans les selles des sujets infectés. Le SARS-CoV-2 pourrait ainsi rejoindre les réseaux d’assainissement des eaux usées et être présent dans les boues issues de STEU qui sont valorisées via l’épandage ». Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), « il n’y a, à ce jour, aucune preuve de la survie du SARS-CoV-2 dans les eaux usées (OMS, 2020). Toutefois, des coronavirus représentatifs des propriétés du SARS-CoV-2 ont montré qu’ils pouvaient rester infectieux dans les eaux usées pendant plusieurs jours ». Dans la mesure où le coronavirus se propage par voie aérienne, la menace concernerait surtout les personnes travaillant dans les stations d’épuration ou présentes lors d’opérations d’épandage. Mais c’est donc bien le principe de précaution qui s’applique en attendant les conclusions de diverses études scientifiques.

C’est quoi l’hygiénisation? L’hygiénisation des boues est un processus qui permet de détruire les agents pathogènes, les virus susceptibles de se trouver dans les boues des stations d’épuration soit de façon chimique par l’intermédiaire du chaulage soit par une élévation de température, « mécanique » par le compostage.  Le chaulage est une solution complexe qui demande une technicité particulière dont sont dotées les grosses stations d’épuration, mais pas celles équipant les petites communes (moins de 4000 habitants). Le recours à des unités mobiles capables de desservir plusieurs stations pourrait faciliter la mise en oeuvre de cette solution. La méthanisation thermophile, c’est aussi le compostage, procédé similaire à ce qui se passe dans votre composteur. Les éléments en fermentant dégage une forte chaleur jusqu’à 70 degrès. Le principe est d’introduire les boues desséchées -elles sont constituées d’eau à plus de 90%- dans le compost d’une façon prolongée pour qu’elle soit ainsi stérilisées. Ce n’est qu’après avoir subi un de ces deux traitements que les boues peuvent être épandues depuis la crise sanitaire liée au coronavirus. Mais compte tenu de l’avenir incertain de ces épandages, des études sont en cours pour trouver de nouvelles techniques d’élimination des boues. Mais on est encore dans le domaine expérimental.

Quelles aides pour les collectivités? L’interdiction d’épandage des boues d’épuration non hygiénisées est un coup dur pour les finances locales: 27 000 euros pour Beignon, 50 000 pour Guer, 2 à 300 000 pour Ploërmel communauté… D’où la mise en place d’un dispositif d’accompagnement financier par l’agence de l’eau Loire-Bretagne qui se décline en deux volets: une partie pour le traitement des boues en stock de l’ordre de 30 à 40% et une autre pour financer des investissements sur le long terme. Ces aides sont bonifiées pour les communes situées en zone de revitalisation rurale (*).

(*)Communes du Morbihan en Zone de Revitalisation Rurale: dans le Morbihan, les communes suivantes sont classées en ZRR à partir du 01/07/2017 :
dans le canton de Gourin : les communes suivantes : Berné, Gourin, Guémené-sur-Scorff, Guiscriff, Kernascléden, Langoëlan, Langonnet, Lanvénégen, Le Croisty, Le Faouët, Le Saint, Lignol, Locmalo, Meslan, Persquen, Ploërdut, Plouray, Priziac, Roudouallec, Saint-Caradec-Trégomel, Saint-Tugdual,
dans le canton : Grand-Champ : les communes suivantes : Evellys, LaChapelle-Neuve, Locminé, Moustoir-Ac, Plumelin,
dans le canton de Guer : les communes suivantes : Augan, Beignon, Carentoir, Cournon, Guer, LaGacilly, Monteneuf, Porcaro, Réminiac, Saint-Malo-de-Beignon, Saint-Martin-sur-Oust, Tréal,
dans le canton de Moréac : les communes suivantes : Bignan, Billio, Bohal, Buléon, Caro, Guéhenno, Lizio, Malestroit, Missiriac, Moréac, Pleucadeuc, Plumelec, Ruffiac, Saint-Abraham, Saint-Allouestre, Saint-Congard, Saint-Guyomard, Saint-Jean-Brévelay, Saint-Laurent-sur-Oust, Saint-Marcel, Saint-Nicolas-du-Tertre, Sérent,
dans le canton de Ploërmel : les communes suivantes : Brignac, Campénéac, Concoret, Cruguel, Evriguet, Gourhel, Guégon, Guillac, Guilliers, Helléan, Josselin, LaCroix-Helléan, LaGrée-Saint-Laurent, Lanouée, Lantillac, La Trinité-Porhoët, Les Forges, Loyat, Mauron, Ménéac, Mohon, Monterrein, Montertelot, Néant-sur-Yvel, Ploërmel, Saint-Brieuc-de-Mauron, Saint-Léry, Saint-Malo-des-Trois-Fontaines, Saint-Servant, Taupont, Tréhorenteuc,
dans le canton de Pontivy : les communes suivantes : Baud, Bieuzy, Guénin, Melrand, Pluméliau, Saint-Barthélemy,
dans le canton du Val d’Oust : les communes suivantes : Val d’Oust.

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2 commentaires "COVID 19. L’épineux et coûteux dossier des boues d’épuration"

  1. bonjour,
    cheres collectivités ayant la gestion des stations d epurations, merci de ne pas oublier les personnels techniques de ces stations qui sont en première ligne et n ont pas arreté de bosser pendant le confinement pour que chacun puisse utiliser ces wc sans débordements ! ces personnels sont eligibles a la prime covid ( que les collectivités ont libre choix de voter le versement de cette prime … )

  2. Que dire des particuliers qui subissent l invasion par le sol et.les sanitaires des eaux polluées lors des inondations
    Un couple d amis locataires d une maison pour laquelle les eaux usées et les eaux pluviales atterrissent dans le seul et unique circuit depuis la nuit des temps à tel point que la SAUR a déclaré la maison insalubre auprès des propriétaires sans que cela les perturbe……….

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