Publié le 2 octobre 2026
Ploërmel. Lycée Mona Ozouf : derrière la grève, les élèves expriment surtout leur malaise et leur solidarité
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Une partie des élèves du lycée Mona Ozouf de Ploërmel ont rejoint ce vendredi le mouvement de mobilisation qui touche des établissements scolaires à travers la France. Classes chargées, pression scolaire, fatigue, santé mentale, inégalités : interrogés devant leur lycée, ils formulent des critiques très diverses. Mais leur parole traduit aussi une volonté de soutenir les jeunes mobilisés ailleurs, alors même qu’ils reconnaissent bénéficier à Ploërmel de conditions plutôt favorables. On leur donne la parole…
« Certes, on a un lycée tout neuf qui a ouvert il y a à peine quatre ans… » Les lycéens mobilisés ce vendredi à Mona Ozouf commencent eux-mêmes par souligner le paradoxe. Leur établissement est récent et ils reconnaissent, au cours de l’entretien, qu’il « n’est pas tant défavorisé que ça », notamment en matière d’enseignants.
Pour autant, ils ont décidé de rejoindre le mouvement qui touche d’autres lycées français. Et lorsqu’on les interroge sur leurs motivations, les sujets s’enchaînent.
Des classes à 36 élèves

Les premières critiques concernent directement leur quotidien à Mona Ozouf. Les élèves évoquent quelques dégradations déjà constatées dans ce bâtiment récent : une fuite d’eau dans une salle d’espagnol ou encore un revêtement de mur qui se détériorerait dans un escalier.
Mais ils insistent surtout sur les effectifs. Selon eux, la suppression d’une classe en terminale conduit cette année certaines classes à compter jusqu’à 36 élèves. Ils assurent que certaines salles ne disposent alors pas d’un nombre suffisant de tables et de chaises et évoquent également des classes chargées dans les autres niveaux.
Ils dénoncent aussi des journées qu’ils trouvent trop longues. L’une des élèves explique terminer presque quotidiennement à 17 h 30 avant de rejoindre son activité sportive et de rentrer chez elle vers 19 ou 20 heures. D’autres évoquent des pauses déjeuner parfois très courtes, pouvant selon eux, être réduites à moins d’une demi-heure.
« On n’a plus le temps de vivre »
Mais très vite, la discussion dépasse largement les murs du lycée Mona Ozouf. C’est la pression scolaire qui revient avec le plus d’insistance dans les témoignages. Devoirs, évaluations, révisions, orientation et inquiétudes concernant les études supérieures donnent à certains le sentiment de ne jamais pouvoir décrocher. « On est épuisés, on n’a plus le temps de vivre », résume une lycéenne.
Une autre évoque ceux qui « ne dorment plus la nuit » pour parvenir à réviser. Les élèves parlent aussi spontanément de dépression, d’anxiété, de TDAH ou de difficultés de concentration.
Ils remettent également en question une manière d’apprendre qu’ils jugent trop uniforme : « Vous lisez, vous apprenez, vous êtes évalués », résume l’une des jeunes mobilisées. Selon eux, tous les élèves n’apprennent pas au même rythme ni de la même façon et certains finissent par décrocher.
Des inquiétudes qui dépassent l’école
Leurs préoccupations s’étendent encore au-delà de leur scolarité. Certains parlent du coût de la vie vécu par leurs familles, de l’accès aux études supérieures ou des différences de moyens entre les jeunes. L’un d’eux dit avoir le sentiment d’être « prisonniers d’un système où on ne sait même pas ce qu’on aura dans notre avenir ».
Leurs propos dessinent ainsi moins un catalogue homogène de revendications qu’une série d’inquiétudes autour de leur quotidien, leur avenir et leur place dans la société.
Le téléphone portable en fournit un autre exemple. Son utilisation est interdite dans les lycées depuis cette rentrée 2026, mesure que le ministère présente notamment comme destinée à favoriser l’attention et un climat scolaire plus serein. Les jeunes interrogés ne contestent pas seulement cette interdiction. Ils craignent surtout qu’elle ne concentre l’attention que sur un sujet au détriment de problèmes qu’ils considèrent plus importants, citant notamment le harcèlement ou les agressions sexuelles.
« Même les lycées considérés comme favorisés »
Mais l’une des motivations les plus clairement exprimées vendredi reste la solidarité avec les autres établissements mobilisés. Les élèves citent Rennes, Nantes, la région parisienne et les images de tensions entre jeunes manifestants et forces de l’ordre. Ils veulent montrer que le mouvement ne concerne pas seulement les établissements rencontrant les plus grandes difficultés.
« Même les lycées qui sont considérés comme favorisés, ici dans le Morbihan, on est quand même impactés », explique l’un d’eux.
Une phrase qui résume assez bien leur position. Les élèves ne présentent pas Mona Ozouf comme un lycée abandonné. Au contraire, ils reconnaissent que leur situation est meilleure que celle rencontrée ailleurs.
Mais c’est justement ce constat qu’ils utilisent pour justifier leur mobilisation : si eux se sentent concernés, disent-ils en substance, c’est que le problème dépasse leur seul établissement.
Une solidarité également avec les enseignants
Cette solidarité s’étend aux personnels de l’Éducation nationale. « Dans ce mouvement-là, on ne critique pas les professeurs. Ils galèrent tout autant que nous », insiste une élève, évoquant leur charge de travail et le nombre de classes dont ils ont la responsabilité.
Le groupe dit vouloir continuer à parler du mouvement et à soutenir les lycéens et les enseignants mobilisés. Leurs attentes sont multiples, parfois très générales et ne débouchent pas toujours sur une revendication immédiatement applicable à leur établissement. Mais après plusieurs minutes d’échanges, une aspiration revient constamment : pouvoir étudier dans un environnement qu’ils jugent moins éprouvant, davantage attentif aux différences entre élèves et laissant plus de place à leur bien-être.
Une parole qui, à Mona Ozouf, dépasse donc largement la question des locaux ou des moyens matériels. Ce vendredi, ces lycéens ont surtout voulu faire entendre leurs inquiétudes face à l’école telle qu’ils la vivent et à l’avenir tel qu’ils l’imaginent, tout en affirmant leur solidarité avec les jeunes mobilisés ailleurs en France.

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