Accueil / Thématiques / Magazine / Pays de Ploërmel. Témoignage: 7 septembre 1990, la mythique forêt de Brocéliande s’embrase

Magazine

Publié le 24 juillet 2022

Pays de Ploërmel. Témoignage: 7 septembre 1990, la mythique forêt de Brocéliande s’embrase

L’intensité des incendies a fait rage en Gironde, en Dordogne, mais aussi partout en France, dans le Sud-Ouest comme dans le Sud-Est, dans l’Aude, le Var… Plus près de chez nous, dans le Finistère, 1700 hectares de végétation dans les Monts d’Arrée ont été ravagés.

Les incendies n’épargnent pas le Morbihan, même si leur force est moindre et qu’ils ont été rapidement maîtrisés. Presque quotidiennement, les pompiers du Morbihan sont mobilisés pour lutter contre des départs de feu. La sécheresse, comme les fortes chaleurs perdurent et rendent les végétaux chaque jour un peu plus vulnérable à la moindre étincelle.

Jusqu’alors le pire a été évité, mais les pompiers comme la préfecture ne cessent d’envoyer des messages de prudence et de vigilance. C’était encore le cas, mercredi lors d’une visite du préfet par intérim, Guillaume Quenet aux pompiers (voir notre reportage en cliquant ici). Ce jour-là, le lieutenant-colonel Gildas Lopéré, chef d’Etat major opérationnel du service d’incendie du Morbihan a notamment souligné le fait que la lutte contre les feux de forêts « fait partie de l’ADN des pompiers du Morbihan ».

Et pour cause, le Morbihan a déjà été frappé par des feux de forêts de grande ampleur notamment en 1976 lors de la grande sécheresse. Mais la tragédie qui a sans doute le plus marqué les esprits est l’incendie qui a défiguré la mythique forêt de Brocéliande.

C’était le 7 septembre 1990 à 16h. Sur un front de feu de 2 km, 500 hectares de forêt et de landes ont été détruits par les flammes, entre les communes morbihannaises de Tréhorenteuc et Campénéac, à la limite du département de l’Ille-et-Vilaine. 350 pompiers venus de tout l’Ouest de la France ont lutté contre le feu du vendredi 7 au mardi 11 septembre, soulagés par l’arrivée des Canadairs de Marignane (13), venus en renfort aux équipes engagées au sol avec leurs 90 véhicules.

Cinq pompiers du centre de secours de Vannes avaient été grièvement brûlés dont deux d’entre eux avaient été évacués par hélicoptère à l’hôpital militaire des grands brûlés de Percy à Clamart (en région parisienne).

Après l’incendie, un élan de solidarité se met en place pour replanter la forêt de 500 000 arbres, un reboisement évalué à 5 millions de francs à ce moment-là ! Tout le monde met la main au portefeuille :  des petits propriétaires de terrain, des particuliers et bénévoles, des entreprises, des collectivités, etc… Un comité de reboisement est crée présidé par Alain Madelin et François Pinault annonce son intention de financer personnellement ce reboisement (voir le reportage de l’époque de France 3 sur l’INA en cliquant ici).

Depuis, des techniques spécifiques ont été mises en oeuvre pour éviter qu’une telle catastrophe se reproduise. Des manoeuvres d’envergure avaient été organisées le 10 septembre 2015 au coeur de la forêt de Brocéliande pour tester notamment le recours aux drones et à la réserve de sécurité civile mobilisant les agriculteurs (voir notre reportage de l’époque en cliquant ici).

Le sculpteur François Davin, pour lequel l’art doit se rattacher à de grands mythes ou à l’histoire d’un lieu, propose de recouvrir de 5 000 feuilles d’or un châtaignier, extrait du Val-sans-Retour, entouré de cinq chênes calcinés. Son œuvre, installée le 10 août 1991 sur le site et appelée L’arbre d’Or ! Il symbolise la renaissance après la mort…

Aujourd’hui encore, cette sculpture a pour objectif de sensibiliser le public et les touristes aux drames que sont les feux de forêts, pour qu’ils redoublent de prudence et de vigilance, afin d’éviter un geste inconscient et dangereux, comme celui, par exemple, de jeter un mégot de cigarette…

Elle est plus que jamais d’actualité. Ne l’oublions pas!

Témoignage: Gérard a lutté contre l’incendie de la forêt de Brocéliande

Gérard a été pompier volontaire, en plus de sa profession, pendant 30 ans. Il entre au centre de secours de Ploërmel en 1973, à l’âge de 21 ans. Il est aujourd’hui capitaine honoraire, et il se souvient:

En 1990 Gérard est lieutenant. Il est présent dès les premières heures de l’incendie le 7 septembre, car les pompiers de Ploërmel sont les premiers sur place. “A cette époque nous quittons la caserne avec les 2 seuls camions de feu de forêt que le centre possède et avec le Land Rover VLRTT (Véhicule de Liaison Tout Terrain). On ne savait pas par où attaquer le feu, l’accès n’était pas facile, car Tréhorenteuc est très vallonné et les pinèdes et les sapins s’enflamment très vite. Les flammes atteignaient vite 25 m de haut », se souvient Gérard. Il ajoute cependant qu’une fois le feu fixé, la caserne n’a enregistré aucun blessé grave, quelques entorses cependant, et aucun dégât sur véhicules…

Les incendies de 1976

 “Cette année-là, les feux ont commencé dès le mois de février à Campénéac, près de l’abbaye La Joie Notre Dame. A cette période, quand nous partions, nous ne savions pas quand nous rentrerions ! Les pompiers n’étaient pas relevés, comme maintenant toutes les 5 ou 6 heures. Les équipements radio n’étaient pas au top et on devait attendre longtemps les renforts. Je me souviens avoir pris mon service un dimanche matin pour finir le lundi matin, soit 24 h sans dormir. Cela arrivait que le pompier n’ait même pas le temps de manger, car au moment de se mettre à table, il fallait repartir au feu !”. Comme le jour où Gérard voit le feu de cimes, alors que les pompiers protègent la ferme à côté de l’abbaye. “Cà sifflait, le feu est passé par dessus le bâtiment. Nous avons juste eu le temps de ramasser le matériel et d’accéder au feu par l’autre côté !”. Le pompier à la retraite depuis 2012 se souvient aussi des moments de solidarité, comme celui de la bonne sœur, la seule autorisée à sortir de l’abbaye, qui venait apporter le café et les gâteaux aux courageux soldats du feu ! 

En 1976 la sécheresse s’était abattue sur tout le département et de violents orages dès la fin juin avaient provoqué 150 incendies, dont le plus impressionnant touchait Pleucadeuc, Molac et Le Cours avec 4000 hectares de landes partis en fumée. “ Nous avons combattu les incendies  jusqu’au mois d’octobre”… Cette année là également un incendie avait ravagé la forêt de Monteneuf. Ironie du sort, après le passage des flammes, la présence de Menhirs avait détectée, révélant la richesse insoupçonnée de ce site archéologique considéré aujourd’hui comme le plus important du Morbihan après Carnac.

Sur le diaporama ci-dessous, Gérard et ses collègues : il est, au premier rang, le 3ème en partant de la gauche:

 

2 commentaires "Pays de Ploërmel. Témoignage: 7 septembre 1990, la mythique forêt de Brocéliande s’embrase"

  1. Bonjour,
    Très bel article et hommage rendu aux soldats du feu. Cette catastrophe a en effet créé un élan de solidarité, mais vous avez oublié de mentionner la cheville ouvrière de cet élan et de tout ce qui a été réalisé et qui l’ai encore (association de sauvegarde de broceliande). Cette personne est Paul Anselin, il a oeuvré pour réhabiliter les espaces boisé et à su motiver toute les bonnes volontés, que ce soit les agriculteurs, les propriétaires fonciers, les chefs d’entreprises, les élus locaux, régionaux et nationaux.
    Il est juste de le mentionner.

  2. C’est vrai qu’en ce moment, les pompiers qui ont connus des episodes de feu, sont obligés de penser à leurs collegues de differentes region de FRANCE, qui se battent aujourd’hui contre les flammes. BRAVO à cet ex pompier de PLOERMEL de retracer un peu les moments vecus pour sauver la Broceliande, et l’abbaye la joie Notre Dame. Michel Jeanne dit Fouque qui etait à cette epoque le chef de centre de CAMPENEAC,connaissait trés bien tous les coins de LA BROCELIANDE et se souvient de toutes ces heures de feu, de jour et de nuit, et de trés peu de sommeil.. mais toujours la meme devise chez les pompiers SAUVEZ OU PERIR.. Michel Jeanne dit fouque a d’ailleurs laissé beaucoup de photos de cette periode à ses collegues de CAMPENEAC..et il faut dire que le feu etait combattu avec moins de moyens que maintenant, pas de cagoule par ex.. ect.. Merci GERARD pour ce bel hommage…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Articles similaires