Mauron. Comment le GBO a remis le Doueff dans son lit

En terme technique, ça s’appelle la renaturation. Il s’agit de remettre les rivières dans leur état naturel, c’est à dire leur faire retrouver leurs lits d’origine, ceux qu’elles occupaient avant le remembrement. Dans une logique avant tout productiviste à l’époque le cours de nos ruisseaux a été bouleversé et on a recreusé leur lit d’une façon rectiligne, supprimant les méandres. Une stratégie qui a eu pour conséquence de mettre à mal la vie piscicole mais qui a aussi contribué à accélérer l’écoulement des eaux. Or on mesure aujourd’hui, notamment en raison de la sécheresse persistante qui sévit toutes les conséquences néfastes de cette politique.

Peut-on revenir en arrière? La tache s’avère titanesque car au coût des travaux, s’ajoute la complexité de la situation juridique que peut générer le nouveau partage des terres entre deux riverains. Mais les directives européennes imposent la restauration du bon état de la ressource en eau et c’est à cette tache que s’est attelé le Grand bassin de l’Oust. Celui-ci vient d’inaugurer la fin d’un chantier exemplaire, celui de la renaturation du Doueff. Cet affluent de l’Yvel était l’exemple type d’une rivière dont on avait dans les années 60 comblé 400 m de méandres pour creuser un tracé rectiligne. Elle sillonne aujourd’hui des prairies à l’endroit même où elle passait avant le remembrement. Ces travaux ont été menés dans le cadre d’un contrat qui mobilise l’intervention technique et financière de l’agence de l’eau, des conseils départementaux et du conseil régional. Il concerne 23 communes du Morbihan (de Ploërmel à Mauron), des Côtes d’Armor et de l’Ille et Vilaine. L’équilibre naturel, c’est une chaine, un peu comme l’effet papillon. La restauration du Doueff par exemple contribuera à améliorer l’état du Lac au Duc.

Pour parvenir à ce résultat, les techniciens du Grand Bassin de l’Oust se livrent à un véritable travail d’archéologie environnementale. Il faut retrouver des photos de l’époque pour imaginer quel était le tracé naturel de la rivière, des sondages permettent de retrouver les traces des limons qui indiquent la présence du lit de la rivière… La fédération de pêche se pose comme un partenaire incontournable de ce travail de reconquête du milieu naturel. Elle mène également des actions pour préserver l’équilibre naturel du réseau hydrologique en aménageant les cours d’eau comme ses responsables ont pu l’expliquer vendredi, lors de l’inauguration de la fin du chantier du Doueff (voir nos vidéos).

La Bretagne qui se présentait, il y a quelques années comme le mauvais élève de la classe en ce qui concerne la qualité de ses eaux est peut-être en passe de devenir une référence. “En 2006, le taux de nitrate dans nos eaux était de 70 mg. Il est aujourd’hui inférieur à 40…”, explique par exemple André Piquet, le président du GBO. “C’est un très bel exemple de la mobilisation des bretons sur la qualité de l’eau”, commente Thierry Burlot, vice-président du conseil régional de Bretagne qui n’hésite pas à parler de “révolution bretonne”. “Alors que nous fêtons les 20 ans d’existence des bassins versants, certaines régions françaises n’en sont toujours pas dotées. La Bretagne est la seule région de France et d’Europe à sortir du conflit sur l’eau. Nous sommes une référence…”, martèle Thierry Burlot qui assène les chiffres : 40% des masses d’eau bretonnes sont conformes aux normes alors que ce pourcentage n’est que de 4% dans les Pays de la Loire.

La poursuite de cette action de long terme passe évidemment par la pérennité des financements. Des menaces pèsent, selon Thierry Burlot, sur les ressources financières des agences de l’eau, sur lesquelles, selon lui, l’Etat “lorgne”. Pour Paul Molac, ces résultats positifs incarnent l’esprit breton : “nous sommes une région où on est capable de se rassembler pour régler des problèmes et on va continuer…”.

“On retrouve un bon niveau de qualité de l’eau en centre-Bretagne. Nos entreprises sont tournées vers l’agroalimentaire. Il faut être attentif à ce que le consommateur attend sur son environnement…”, analyse Mikaël Doré, le sous-préfet de Ploërmel/Pontivy qui souligne l’importance de la recherche pour parvenir à préserver la spécificité du tissu économique tout en préservant l’environnement.

Joël Labbé : “je m’attaque à l’Europe”

Présent à cette inauguration, le sénateur Joël Labbé est revenu sur ‘application de la loi qui porte son nom. “Certains disaient que ce n’était pas possible. Aujourd’hui ça marche. Nous avons réussi à ce que le texte soit inattaquable, ce qu’ont essayé de faire les lobbys, en vain”, explique-t-il, bin décidé à ne pas en rester là. “J’attaque l’Europe pour que cette loi soit appliquée dans toute l’Europe…”, annonce-t-il.


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