Publié le 10 juin 2026
Morbihan. La justice suspend les arrêtés préfectoraux autorisant les abattages de Choucas
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La justice administrative vient de suspendre les arrêtés préfectoraux autorisant l’abattage de 10 500 choucas des tours en Bretagne dont celui du préfet du Morbihan. Saisi par plusieurs associations de protection de la nature, le tribunal administratif de Rennes estime notamment que l’efficacité des tirs n’est pas démontrée et que des solutions alternatives n’ont pas été suffisamment explorées. Une décision qui relance le débat entre protection de la biodiversité, nuisances subies par certains habitants et dégâts agricoles attribués à cette espèce protégée. Les associations se réjouissent de cette décision dans un communiqué :
« Le 9 juin 2026, la juge des référés du Tribunal Administratif de Rennes a suspendu les quatre arrêtés préfectoraux de dérogation qui autorisaient en Bretagne les tirs de 10 500 Choucas des tours, une espèce pourtant protégée.
Cette victoire juridique est le résultat des recours formés à l’encontre des arrêtés préfectoraux du Finistère, des Côtes d’Armor, du Morbihan et d’Ille-Et-Vilaine, par les associations de protection de l’environnement Bretagne Vivante – CEN Bretagne, One Voice, et la LPO Bretagne. Ces associations dénonçaient des dérogations accordées sans garantie de l’efficacité des tirs, et alors même qu’il existe des solutions alternatives à l’abattage. En effet, le projet Fonds Vert accordé par la DREAL pour une durée de 3 ans (2025 – 2027) à la LPO Bretagne, l’Université Rennes 1 et la Chambre Régionale d’Agriculture de Bretagne (CRAB) a permis de poursuivre le travail de recherche sur ces solutions alternatives, telles que l’engrillagement des cheminées dont le test est en cours sur deux communes. Le dialogue entre ces trois acteurs au sein de ce projet concret démontre une volonté commune d’avancer en réponse à l’inaction de l’État et au-delà des divergences.
Par le biais de leur avocat, Me Thomas Dubreuil, les associations soutenaient que l’étude de 2022 menée par l’Université Rennes 1 (S.Dugravot, R.Chambon) demeurait la référence, aucune nouvelle étude ne venant invalider cette dernière. Elle énonçait ainsi que les tirs étaient inefficaces et qu’il était préférable de mettre en place une pluralité de solutions alternatives, en agissant sur l’accès à la nidification (par l’obstruction des cheminées) et à l’alimentation dans l’espace agricole notamment (chaumes de maïs grain et déjections, fronts de silos de maïs ensilage, auges) des choucas¹.
Suspension des quatres arrêtés préfectoraux
Par quatre ordonnances du 9 juin 2026, la juge des référés a ainsi suspendu les arrêtés de dérogation autorisant les tirs de choucas des tours dans chaque département.
Elle retient la condition d’urgence en énonçant que les tirs “portent une atteinte suffisamment grave et immédiate aux intérêts des associations”, et ajoute que la période du printemps est “une période de sensibilité importante pour l’espèce, impactant directement le cycle de reproduction des choucas des tours” et dont les préfets ne font état “d’aucun intérêt public susceptible de s’opposer à la suspension de l’exécution” de la dérogation.
Les ordonnances retiennent également l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la dérogation, en relevant que les préfets ne justifient ni l’inefficacité des solutions
alternatives qui auraient dû être préalablement mises en œuvre, ni même l’évaluation des effets des opérations de destruction de choucas précédemment autorisées.
Ces décisions s’inscrivent dans la continuité de la jurisprudence de la Cour administrative d’appel de Nantes, qui avait déjà sanctionné, en décembre 2024, ces mêmes préfectures pour des motifs similaires. Le Tribunal Administratif de Rennes avait également suspendu trois arrêtés préfectoraux en 2025 pour les mêmes motifs.
Conclusion
En tant qu’associations de protection de la nature, nous demandons donc l’arrêt des demandes de dérogation permettant de la destruction des individus afin que nous puissions travailler ensemble à la limitation des effectifs par des moyens pérennes et efficaces. Le pré requis est de continuer le travail scientifique déjà en cours et dont les conclusions doivent servir de boussole à l’ensemble des acteurs concernés.
Nous avons pleinement conscience des enjeux agricoles et des difficultés rencontrées par les agriculteurs face aux dégâts sur les cultures, ainsi que de la nécessité d’y apporter des réponses adaptées. De même concernant les nuisances possibles pour les habitants concernés par une présence massive sur certains bourgs. Toutefois, nous sommes également attachées à la préservation du statut d’espèce protégée, dont la remise en cause ne peut constituer une solution.
L’intensification de l’agriculture bretonne entraîne une diminution de la diversité des ressources alimentaires (graines, insectes) et des habitats naturels qui a pour conséquence directe une très forte régression de la biodiversité dans l’espace agricole (-40% d’oiseaux des champs en 30 ans) au profit des quelques espèces généralistes les plus adaptables au modèle agricole breton dont le choucas des tours fait partie. Il est donc essentiel, plutôt que d’abattre en masse des oiseaux, de travailler à la nécessaire cohabitation entre biodiversité et pratiques agricoles devant évoluer en ce sens.
Plus largement, nous défendons la protection du vivant dans un contexte de déclin généralisé de la biodiversité, où chaque espèce et chaque individu contribuent à l’équilibre des écosystèmes. La protection du vivant doit rester une priorité collective et les réponses apportées aux conflits entre activités humaines et faune sauvage doivent favoriser une cohabitation respectueuse des espèces et proportionnée. »
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