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Oust à Brocéliande

Publié le 13 mars 2022

Monteneuf. Une journée d’hommage à 2 prêtres réfractaires pendant la Révolution

Le samedi 12 mars, en partenariat avec l’association du Souvenir Chouan de Bretagne, l’association Monteneuf-Patrimoine, présidée par Damien Jagoury, a organisé toute une journée à la mémoire de 2 prêtres réfractaires locaux : l’Abbé Pierre Hervé et l’Abbé Jean-Baptiste Chastang. Les 2 associations de patrimoine se sont partagées le programme de ce samedi, consacré à la commémoration des martyres de la Révolution, en présence du Père Amaury Brillet et de Gaël Hugot, adjoint au patrimoine et représentant la municipalité de Monteneuf.

La journée d’hommage a commencé dès 9h30 avec une messe dite à la Chapelle Saint-Martin, au village de La Grée Basse. La chapelle a été construite, sur le roc au cours de la seconde partie du 17ème siècle.  

L’association du Souvenir Chouan de Bretagne, présidée par Noël Stassinet,  a ensuite proposé une conférence-repas sur le thème des prêtres réfractaires pendant la Révolution française, au cours de laquelle l’association Monteneuf-Patrimoine a organisé le déjeuner. Les  Monteneuviens(es) ont découvert ou redécouvert l’histoire cachée de leur commune sous la Révolution…

L’après-midi, l’assemblée s’est retrouvée à nouveau à la chapelle Saint-Martin. “Les 2 portes de la chapelle ont été repeintes l’été dernier par les jeunes gens de la commune participants à l’opération argent de poche. Quant au nettoyage de l’intérieur, ce sont les membres de l’association qui en ont eu la charge !” explique Damien Jagoury. Le Père Brillet a présenté le calice qui a servi aux offices du Père Hervé et que la paroisse conserve précieusement…

A l’intérieur de la chapelle, une cérémonie a été organisée permettant de dévoiler une plaque commémorant la mémoire des 2 abbés, figures symboliques locales des prêtres réfractaires. Actuellement sur chevalet, elle sera prochainement fixée sur le mur, à cet endroit même. Elle a été bénie par le Père Amaury Brillet. Les participants ont ensuite entonné, tous ensemble, le célèbre cantique, composé en 1906  “Da Feiz on tabou koz”, pour garder la foi de nos ancêtres.

L’histoire tragique de ces deux prêtres a été retracée (voir ci-dessous).

Noël Stassinet a conclu la rencontre en rappelant que pour la Bretagne, ce ne sont pas loin de 7000 personnes : des hommes, des femmes et des enfants, qui ont été persécutés, chassés pour avoir soutenu les prêtres au cours de la révolution…

L’histoire

La Constitution civile du clergé adoptée en France est votée le 12 juillet 1790 à Paris, par l’Assemblée Nationale Constituante. Elle  réorganise l’Église catholique. Le clergé dit régulier, qui concerne les moines et les nonnes, est supprimé. Quant au nombre d’évêques et de curés, il doit être réduit dans chaque département. Un certain nombre de vicaires, de curés, d’évêques refusent de prêter le serment de fidélité à la Constitution, imposé à partir du 1er décembre 1790. Ils deviennent des prêtres réfractaires, très présents dans l’Ouest du pays,  persécutés en Bretagne, et notamment en Vendée où ils se soulèvent en 1793 contre la République…

L’abbé Pierre Hervé : Il vient au monde le 16 février 1762 au village du Breil et est baptisé le jour même en l’église de Monteneuf. Il fait ses études au Petit séminaire de Saint-Malo-de-Beignon, puis au Grand séminaire de Saint-Méen-le-Grand. Il devient  diacre en 1786, puis un an plus tard, il est ordonné prêtre à l’âge de 25 ans. Un temps vicaire à Maure-de-Bretagne, l’abbé Pierre Hervé est nommé en janvier 1789 à Monteneuf comme vicaire auxiliaire du  recteur Foulon et chapelain de la frairie et de la chapelle de La Grée Basse. Il y donne des messes tous les jours. Quand la Révolution éclate, l’abbé Hervé ne prête pas serment à la Constitution civile du clergé et continue d’accomplir son ministère en se cachant tantôt dans sa famille, tantôt chez des amis, car il bénéficie de leur complicité. Un jour, il échappe de peu aux Républicains, dits les Bleus, qui recherchent un calotin (un ecclésiastique) ! L’abbé, dans sa course, croise un paysan qui  répare un fût abîmé ! Ce dernier  retourne le fût et cache l’abbé à l’intérieur. Une autre fois, bien que classé comme “modéré “ par la gendarmerie de Ploërmel, celle de Malestroit reçoit l’ordre  de le capturer. Là encore, l’abbé Hervé se cache dans un taillis où les chevaux des gendarmes ne peuvent pas pénétrer. Hélas le 18 septembre 1793, la chance le lâche ! Il est repéré près de Guer, reçoit un coup de fusil qui le blesse. Il demande à des habitants de La Ville Daniel (à 8 km de Monteneuf) de prévenir sa famille, qu’il est perdu ! Il se cache encore dans un taillis de buis, mais il est vite repéré par le sang de ses blessures. Les Bleus le ficellent et avec une tenaille lui arrachèrent les ongles. Le soir même il est emmené à Port-Louis pour être embarqué sur le vaisseau “Le Patriote” avec d’autres confrères, en destination de Rochefort. L’abbé Pierre Hervé, pourtant une force de la nature, meurt à 32 ans le 25 août 1794, sur un des 3 pontons (prisons flottantes) de Rochefort, appelé “les Deux Associés”. C’est un ancien navire négrier réquisitionné par le capitaine Laly, surnommé “le tueur de prêtres”, qui avait la réputation de les faire mourir sans bruit. 829 prêtres et religieux, comme lui,  y ont subi  des conditions de vie déplorables avec des brimades physiques, des menaces, des injures et une nourriture infecte, sur les pontons de la baie de Rochefort. Des centaines, parmi les prisonniers, y perdirent la vie… L’abbé Pierre Hervé est enterré sur l’île Madame, sur la plus petite des îles du pertuis charentais, face à Port-des-Barques.. Dans l’église du bourg de Monteneuf, une plaque en marbre blanc et le confessionnal gardent encore son souvenir !

L’abbé Jean-Baptiste Chastang : est né à Guer en 1755. Il a 25 ans, quand il est ordonné prêtre, en 1780, par Monseigneur des Laurents, puis nommé prieur à La Telhaie, en Guer. Il est aussi chapelain à Monteneuf, à la chapelle Saint-Martin de la Grée Basse. Quand arrive la Révolution, l’abbé Jean-Baptiste Chastang refuse de prêter serment à la Constitution civile du clergé et réussit à exercer son ministère clandestinement, un certain temps ! Connu pour être insermenté par le district de Ploërmel, il est classé comme fou, imbécile et dément ! Il se cache, si bien, à La Grée Basse, qu’il est déclaré émigré le 21 novembre 1794. Mais 4 ans1/2 plus tard, le 17 mai 1799, il est arrêté et capturé chez lui à La Telhaie, par une colonne mobile de Carentoir. Il est expédié d’abord à Ploërmel, puis à Vannes, avant d’être condamné à l’emprisonnement à la citadelle de Saint-Martin, sur l’île de Ré, qu’il rejoint le 12 juin 1799. Il a 48 ans. Sollicité, par la municipalité de Guer, la mise en liberté du détenu Chastang est accordée le 21 mars 1800… A Saint-Martin,1023 prêtres ont été déportés sous le Directoire de 1798 à 1801. Les prisonniers vivaient entassés dans la citadelle en piteuse état, et souffraient de disette.  61 y sont morts…

2 commentaires "Monteneuf. Une journée d’hommage à 2 prêtres réfractaires pendant la Révolution"

  1. Bonjour,
    En bon citoyen, on doit éviter de porter un jugement moralisateur sur le travail de mémoire effectué par l’association « Monteneuf-Patrimoine », selon lequel il faudrait trier le bien du mal dans le regard qu’il conviendrait d’avoir de l’histoire. Non, en toute modestie, on n’y était pas à cette époque en cette année 1791 au cours de laquelle on a demandé aux prêtres de prêter serment à la constitution. Qui plus est, pour le cas où l’on aurait été un prêtre en cette année 1791, essayons de se l’imaginer un instant, le choix cornélien que devait faire chaque prêtre entre le reniement à des valeurs ou l’entrée en résistance ne pouvait être que destructeur.

    Bien au contraire, le récit historique qui est fait est excellent. On savait que les prêtres réfractaires avaient été chassés, martyrisés, emprisonnés à Lorient ou à Vannes pour être massacrés, en particulier dans le Morbihan. En revanche, on connaissait moins ce mouvement de déportation sur l’île de Ré tout aussi dévastateur, semble t-il.

    L’histoire de ces abbés du secteur de Guer est singulière. Question sur la sépulture de l’abbé Pierre Hervé, existe t-elle toujours. J’en suis convaincu, cet abbé, c’est à Monteneuf qu’il aurait voulu être inhumé.
    L’abbé Jean-Baptiste Chastang, vous nous dites qu’il est arrête sous le Directoire (1795-1799 et pas 1798-1801, comme vous l’indiquez) et qu’il est libéré ensuite le 21 mars 1800. A cette date, on a changé de régime, le coup d’état du 9 novembre 1799 ayant porté au pouvoir Napoléon Bonaparte. On sait que la ligne politique de Napoléon Bonaparte sera la réconciliation de l’église avec la nation. On voudrait savoir ce qu’est devenu ce prêtre ensuite, quelle a été sa vie.

    En espérant que vous allez compléter,

    Michel

  2. Bonjour,
    J’aimerai préciser que la « mémoire » n’est pas « l’Histoire ». Les mémoires convoquent les émotions, les souvenirs alors que l’Histoire, en tant que science, convoque les faits en respectant une méthodologie, du recul et une mise en contexte. Les mémoires sont plurielles et parfois servent des intentions idéologiques bien présentes. On peut faire l’Histoire des mémoires (Résistantes par exemple) et la mémoire est un objet d’Histoire, mais peut-on entretenir le confusionnisme en ne dissociant pas la Révolution de la Terreur sans vouloir raviver une « certaine » mémoire au détriment de l’Histoire ?
    Salut et fraternité

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