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Morbihan

Publié le 14 décembre 2021

Morbihan. Grève des routiers: ils témoignent sur les difficultés de leur métier

Dans le cadre d’un mouvement national à l’initiative du syndicat FO Transports, les chauffeurs routiers se sont mobilisés lundi 13 décembre. Ils ont provoqué d’importants ralentissements dans le nord-ouest de la France. Les routiers en colère réclamaient de meilleurs salaires. Les organisations patronales proposent une revalorisation de l’ordre de 4,2 à 5 %, alors que les syndicats réclament une augmentation à hauteur de 10 % et l’obtention d’un 13 ème mois conventionnel…

En Bretagne, 150 à 200 routiers du Morbihan et de Loire-Atlantique ont répondu à un appel conjoint avec la CGT. Les chauffeurs menaient une action filtrante avec tractage au niveau du rond-point du Prat, générant des bouchons jusqu’à Saint-Nolff sur la route de Rennes. La manifestation a créé un bouchon de 8 kilomètres sur la N166 dans le sens Ploërmel vers Vannes, en fin de matinée, ainsi que sur la RN 166.

Au lendemain de la grève, nous avons rencontré trois de ces professionnels, qui ont souhaité parler des difficultés, des contraintes de la profession de chauffeur routier, qu’ils affectionnent pourtant tous les trois. Timothée, est actuellement en activité, Stéphane a quitté la profession après 17 ans d’exercice et Jean-Claude a roulé 30 ans. Ce dernier est le président de la section morbihannaise de l’Amicale des Routiers de l’Ouest, (l’ARO), dont le siège social est à Nantes…

Salaires et conditions de travail

Timothée

Timothée a commencé sa carrière de chauffeur routier, il y a 5 ans ! Au cours des 3 premières années, il roulait pour du transport national. ”Je partais le plus souvent le dimanche soir, parfois le lundi soir et je terminais ma semaine de travail le samedi midi. Ma journée de travail était de 15 heures en moyenne pour 230 heures mensuelles !”. Au départ de Pontivy, Timothée prenait la direction de Paris, puis du Sud-Est ou Sud-Ouest de la France, de l’Allemagne aussi…

Parce qu’il n’avait plus de vie de famille et qu’il souhaitait voir grandir son enfant, il y a 2 ans le chauffeur choisit de rallier le transport régional, mais le temps de travail n’est pas meilleur. Il effectue aujourd’hui 12 heures de travail par jour, de 7h30 le matin jusqu’à 23 heures en moyenne le soir. Après constat, il a gagné de passer ses quelques heures de sommeil, dans son lit ! 

Un chauffeur routier ne doit pas rouler plus de 9 heures par 24 heures, ou 2 fois 10 heures par semaine : c’est la loi ! Alors pourquoi le chauffeur travaille 12 heures ou 14 heures par jour, à une époque où l’on nous parle de prévention et de sécurité routière ? “Parce que le métier de chauffeur routier ne se limite pas à la conduite uniquement. Pendant les coupures de 45 minutes obligatoires après 4 heures 30 de conduite, le conducteur reste au poste de conduite : ¾ h c’est long à patienter, mais c’est trop court pour faire la sieste. Pendant le chargement ou le déchargement chez le client, le chauffeur attend encore et surveille sans s’éloigner de son camion. Au retour au dépôt de son employeur, le chauffeur doit faire le plein de gasoil, passer son camion au lavage puis le remiser, remplir les papiers, là aussi il faut compter presque 1 heure…”, explique Timothée.

Une heure par ci, une heure par là, et le routier totalise les 12 ou 14 heures de travail quotidien, soit 2 fois la durée d’une journée de travail d’un employé de bureau par exemple. Alors bien-sûr, le chauffeur ne roule pas au-delà des 9 heures réglementaires, mais la fatigue se fait ressentir pour le total des heures accomplies. Comment au 21 ème siècle, la sécurité routière peut tolérer cette réalité? Le chauffeur routier a l’énorme responsabilité de ne pas mettre en danger la vie des autres usagers de la route.

Alors oui, Timothée soutient la grève des routiers, car en plus des mauvaises conditions de travail, le salaire est loin d’être à hauteur du travail accompli ! “Je gagne 1800 euros nets, dont 300 euros sont les frais de route, les paniers repas, pour 12 heures de travail, faites le calcul !”. C’est l’équivalent du SMIG. 

Pour conclure, Timothée ajoute que leur quotidien se dégrade encore plus depuis l’épidémie de Covid, que les chauffeurs n’ont plus accès aux toilettes ni aux salles de repos chez les clients…

« J’ai une vie personnelle maintenant »

Stéphane

Ancien militaire, Stéphane a bénéficié d’une reconversion professionnelle par l’Armée et est devenu chauffeur routier de 2000 à 2017. Il a touché un peu à tout dans le transport : international, national, régional, en benne, en plateau, en frigo, en tautliner, en citerne et même en convoi exceptionnel…

“J’ai quitté cette profession, en raison des conditions de travail désastreuses, avec en plus un salaire qui ne suivait pas. Il y a 4 ans, j’effectuais des relais de nuit en régional. Je n’avais pas de planning, je ne connaissais pas mon jour de repos. Chaque soir à 17 h, je devais téléphoner à mon employeur pour connaître l’heure de mon départ et sa destination. Parfois, en début de service, je conduisais la voiture de la société pendant 2h30 pour retrouver le camion en attente dans une plateforme logistique. Les 2h30 de conduite voiture ne rentraient pas dans le compte des 9 heures: cherchez l’erreur! Même le camion ne m’était pas attitré, car un collègue s’en servait en journée.  En moyenne, je quittais mon domicile vers 18h-18h 30, pour y revenir le lendemain matin vers 8h-8h30. Comme le témoigne le chauffeur en activité, que d’heures travaillées ne sont pas rémunérées! Quand je faisais mon relais au milieu de la nuit et que j’échangeais ma remorque avec celle du collègue, nous n’étions pas payés ni l’un, ni l’autre !” Il raconte aussi les difficultés, par rapport à la géolocalisation par GPS et l’impossibilité de dévier l’itinéraire obligatoirement, établi au préalable par le transporteur, et donc l’impossibilité de dévier ne serait-ce que d’un km pour rejoindre un restaurant. J’ajoute que les chauffeurs routiers ne sont pas reconnus par leurs employeurs qui ne pensent qu’au profit, qu’ils sont délaissés par le gouvernement, et méprisés par les automobilistes et la population, qui les trouvent gênants, trop lents sur la route. Quant aux clients, leurs seules préoccupations, c’est l’urgence. C’est toujours pour hier !”.

Aujourd’hui Stéphane a rejoint une usine spécialisée dans  l’agroalimentaire. Il est en poste à l’expédition et rencontre des chauffeurs tous les jours, qui lui rappellent sa galère passée ! A l’usine, Il gagne 1500 euros nets, bénéficie de primes et d’un 13 ème mois et surtout il travaille 7 heures, en journée continue, soit le matin, soit l’après-midi. “J’ai une vie personnelle maintenant! Chauffeur routier serait un beau métier à condition d’avoir des conditions de travail et un salaire raisonnables. Seul le véhicule de 40 tonnes me manque aujourd’hui, la conduite du camion proprement dit…”

Il ajoute que le chauffeur routier est pourtant un ouvrier qualifié à qui est demandé outre le permis EC, la FIMO/FCO (Formation Continue Obligatoire) effective tous les 5 ans, et Le CACES (Certificat d’Aptitude à la Conduite en Sécurité)…

Du Portugal à Anvers…

Jean-Claude

Jean-Claude a été chauffeur routier de 1987 à 2017. Il pose le décor, dès le début de l’entretien et sa première phrase, pourtant brève, en dit long :

“J’ai usé 6 compagnes !” Il raconte que pendant 30 années, il rentrait pour laver son linge et préparer quelques plats à emporter pour sa semaine. “J’aimais mon métier, j’en étais fier ! Les bons moments étaient de conduire mon camion en écoutant la radio. Mais des mauvais moments, il y en avait déjà ! J’ai vu les conditions de travail se dégrader, avec l’ajout de charges travail et de contraintes, année après année…”

Jean-Claude a lui aussi connu les 15 heures de travail journaliers. La plupart de ses années de travail a été exercé en frigo et en heures de nuit, réparties ainsi : de 22 heures à 6h au mieux et midi au pire ! 

Il a aussi travaillé en journée. “Cela ressemblait à : debout à 5 h, départ à 6 h, fin de service en moyenne 21 h, restauration, douche puis couché 23 h”. Peu de temps pour la détente et le repos !

Jean-Claude a effectué du transport pour les marchés internationaux : Paris-Rungis, Bruxelles, Rotterdam, Madrid. La cadence était telle que l’après-midi il était au Portugal, et le lendemain matin, à Anvers ! “Il fallait toujours être à l’heure chez le client. Le patron, lui, donnait l’ordre de partir charger, alors que le camion n’était pas encore déchargé chez le précédent client. Aucun des deux ne se souciait des bouchons ou des déviations que le chauffeur peut rencontrer sur la route, encore moins de son repos. “Quant aux coupures, il s’agissait de s’y mettre un maximum pour gagner sur le temps d’amplitude (15 heures maximum), pour pouvoir rouler le plus loin possible…”

Des inconvénients, il y en avait aussi par rapport au véhicule lui-même. Il se souvient de l’époque où il n’y avait pas de chauffage dans le camion pour dormir, qu’il fallait gratter les vitres à l’intérieur comme à l’extérieur avant de partir jusqu’à ce que la Fédération Nationale des Transporteurs Routiers (FNTR) oblige les constructeurs de a installer le chauffage. “De nos jours, le camion est plus confortable, plus fonctionnel pour la vie du routier, mais il reste un problème majeur : l’absence de climatisation. Une fois le moteur coupé, il n’y a pas de climatiseur ! Les chauffeurs dorment encore dans leurs couchettes avec des températures à 36 degrés !” 

Et puis, le métier demandait une bonne condition physique, nous dit Jean-Claude. “Je me souviens avoir tiré sur une barre de 4 mètres pour démonter la roue crevée du camion ! Cela arrive encore pour certains routiers de changer eux-même un pneu crevé. Tout dépend de l’entreprise dans laquelle le chauffeur est embauché ».

Un secteur qui peine à recruter

Les entreprises du transport peinent à recruter. En septembre dernier, leur fédération nationale tirait à nouveau la sonnette d’alarme. Malgré un taux de chômage de près de 8% dans notre pays, une entreprise sur deux a des difficultés pour recruter des chauffeurs routiers. Le secteur recherche entre 40 000 et 50 000 candidats !

C’est peut-être le bon moment de se poser les bonnes questions!

4 commentaires "Morbihan. Grève des routiers: ils témoignent sur les difficultés de leur métier"

  1. Être au Portugal l’après-midi et se retrouver à Anvers le lendemain matin, un cheval de bois donnerait un coup de pied. Je ne crois pas à un seul mot de ces syndicalistes. Le transport routier c’est le plus beau métier du monde . On ne reste pas 30 ans à ce moment-là dans ce domaine.

    1. Il est vrai que ce métier a perdu de son excellence, les salaires sont à revoir, il n’y a pas de différence entre un nouveau et un ancien au niveau salaire. Quelques que primes ( ancienneté et prime non accident) viennent améliorer le pécule, mais ça ne comble pas le temps passé au travail. Sans les routiers comment le pays pourrait tourner, alors soyez sympa avec eux

    2. Je pense que c’était dans les années 80/90 a l’époque ce n’était pas rare de se servir de 2 disques et on était moins regardant sur la vitesse , souvent les camions n’étaient pas bridé ou pas a la bonne vitesse .
      Je l’ai moi même fait et je peut vous certifiez que c’était possible .

  2. C’est un métier de merde, je l’assume et le dit haut et fort pour l’avoir exercé pendant 10 ans : Ne devenez surtout pas routier, on est tombé dans l’esclavagisme et des conditions de travails et de vies inhumaines et je pèse mes mots. Le salaire est lui ridicule, taux horaire SMIC et heures supp en partie non rémunérées. Le secteur du transport est également gangréné par la mafia, je dis bien la mafia de la FNTR ( Syndicat du patronat du transport routier ). Une vie que je ne veux plus jamais vouloir subir.
    Ancien routier qui à fait sa reconversion, j’ai retrouvé une vie normale, une vie de famille, un bon salaire, et surtout le confort de pouvoir manger chaud et un accès à l’eau chaude.

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