Morbihan. Langues régionales: Paul Molac “soulagé”

Paul Molac (archives)

Au lendemain du vote de la loi sur les Langues Régionales, Paul Molac reprend son souffle. Heureux? “Plutôt soulagé. C’est quelque chose qui me tenait à coeur. J’ai toujours trouvé anormal qu’on se moque des gens parce qu’ils parlent avec un accent. Pour moi, c’est dégradant de mépriser une langue qui marque les origines de celles et ceux qui la parle…”, explique-t-il.

Jeudi, la loi sur les langues régionales, dites “loi Molac” a été adoptée à une écrasante majorité : 240 voix contre 60. Un raz de marée qui emporte sur son passage les barrières partisanes. Des députés de toutes tendances ont participé à ce vote “historique” qui a pris des allures de fronde territoriale contre la volonté centrale. Occitans, Corses, Basques Alsaciens, Catalans et bien sur Bretons… Jamais ils n’avaient été aussi nombreux pour soutenir une loi dont le gouvernement ne voulait pas.

“C’est une loi emblématique qui n’a qu’un seul précédent remontant à 1951 lorsqu’un texte disait qu’on pouvait apprendre une langue régionale à condition que ça permette de comprendre le Français. La loi qui a été votée n’oblige pas mais elle permet d’apprendre une autre langue. Désormais l’Etat à l’obligation de protéger ce patrimoine…”, souligne Paul Molac insistant sur l’aspect “non obligatoire” porté par ce texte. “L’apprentissage d’une langue régionale ne sera jamais obligatoire. C’est une possibilité qui s’appuie sur une volonté partagée entre les familles et les enseignants”.

Mais pour Paul Molac, ce feu vert donné notamment à la méthode d’apprentissage par immersion -qui permet qui permet l’usage à plus de 50% d’une langue régionale en maternelle- est aussi une chance supplémentaire de réussite offerte aux écoliers. Il cite une expérience menée au Pays Basque qui a montré que les élèves suivant les cours en maternelle à 100% en Basque obtenait des résultats supérieurs à la moyenne départementale lors des évaluations en Français au CP. “Le multilinguisme déclenche un mécanisme qui permet à l’enfant de s’interroger sur sa pratique de sa première langue”, analyse-t-il.

Les effets de la loi sur les langues régionales ne s’arrêtent pas à la méthode immersive. Elle protège aussi la signalétique bilingue ou bien autorise les signes diacritiques comme le ñ de “Fañch” qui pour Paul Molac est tout aussi fort en symbole…

Clairement, cette nouvelle loi est fraichement accueillie par le ministre de l’Education Nationale qui la considérait comme une forme de séparatisme. Pourtant pour le député de Ploërmel, l’histoire est en marche et cette avancée est irréversible parce qu’elle est portée par une véritable lame de fond. Celle des associations qui, dans chaque région concernée sont allés frapper à la porte des députés locaux et celle de l’adhésion massive des députés qui a transcendé les appartenances politiques pour déboucher sur ce vote ultra-majoritaire.

Encore un long chemin…

Pour autant, le chemin est encore long avant que la loi Molac ne fasse sentir ses effets sur le terrain. Il y a d’abord le périple administratif qui est parfois lent, voire très lent. Il va falloir que les décrets d’application soient pris, que la loi soit mise en place, que des conventions soient passées entre l’Etat et les régions. “Je pense que ça avancera après le mois de juin. Cette loi n’est pas une fin en soi, c’est un pas supplémentaire, un élément de plus pour faire avancer l’Education nationale…”, admet le député.

Mais pour lui, en tous cas, tout peut aller très vite en Bretagne. “L’idée c’est de développer une offre de proximité pour que les parents n’aient pas à se déplacer pour inscrire leurs enfants dans une école bilingue. La distance est un obstacle. Il y a actuellement 7% des écoliers d’une même classe d’âge qui sont en classe bilingue alors que 40% des parents le souhaiteraient. Il faudrait que les parents aient cette possibilité dans l’école que fréquente leur enfant”, estime-t-il.

Ce développement espéré du bilinguisme suppose la formation d’enseignants en nombre suffisant. “C’est possible en 9 mois. Il faut le proposer aux étudiants au début de leurs études, en formation initiale, quand ils s’engagent dans un master d’enseignement par le biais d’une formation complémentaire d’un an. Il faut que le choix de cette spécialisation soit attractif au niveau du concours des écoles”.

Donc, le travail entamé par Paul Molac depuis des années, continue. Mais aujourd’hui, il savoure encore le goût de cette journée historique que fut le 8 avril 2021 avec en toile de fond un pied de nez à cette administration dominatrice qu’il brocarde souvent. “Ce 8 avril ce sont les représentants du peuple qui ont fait la loi…”, s’enflamme-t-il. Il flottait d’ailleurs comme un air d’émancipation dans l’hémicycle. Après le vote, les députés qui soutenait cette loi ont multiplié les photos de groupe et naturellement ils se sont tournés vers Paul Molac pour l’inviter à fêter la victoire en chantant. Et c’est aux accents du Bro Gozh que s’est achevée cet épisode mémorable…


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