Morbihan. Comment le Département entretient ses 950 ponts?

“A propos d entretien des lieux publics et autres constructions si vous avez quelques minutes allez donc regarder le pont « neuf » (ndlr: à Malestroit) à partir du Crédit Agricole et levez les yeux. Regardez les fissures. Quand on voit le volume des camions qui l’empruntent est ce que l’on attend un plongeon?”. Ce commentaire que nous a adressé un internaute résume la sourde inquiétude que fait naître le drame de Mirepoix-sur-Tarn chez tous ceux qui franchissent régulièrement un pont. Notamment ceux à qui des évènements sont attachés. C’est le cas du pont de Malestroit. Lors des grandes inondations de 2014, des tonnes de parpaings avaient été installés à la hâte pour le lester et il était resté interdit à la circulation, afin d’éviter qu’il ne soit emporté par les eaux en furie. D’autres automobilistes avouent “se poser des questions” en passant sur ce pont…

Alors, les ponts du Morbihan sont-ils bien surveillés et en parfait état? C’est la question que nous avons posée au Département. Et voici la réponse complète qui nous a été faite. On y voit que les ponts font l’objet d’une surveillance très étroite et d’un programme de travaux d’entretien conséquent qui représente un investissement assez lourd sur lequel le Département n’envisage pas d’économies. Au contraire, le budget consacré à cet entretien va augmenter dès l’année prochaine pour atteindre 1,5 millions d’euros par an…

Le patrimoine Ouvrage d’art du Département du Morbihan est constitué de 950 franchissements (pouvant regrouper plusieurs ouvrages) et 140 murs.

Parmi ces ouvrages, six sont classés OANC (ouvrages d’art non courants) :

– RD 194 – Pont du Bonhomme – Caisson BP à béquille – 146 m

– RD 781 – Pont Lorois – Pont suspendu – 237 m

– RD 765 – Pont de La Roche Bernard – Pont suspendu – 245 m

– RD 724 – Pont Saint Christophe – pont à poutres métalliques – 219 m

– RD 101 – Pont de Kernours – Caisson métallique à béquille – 262 m

– RD 781 – Pont de Kerisper – Arc Béton – 203 m

La gestion et la maintenance (1) des ponts constituent un enjeu particulièrement important, compte tenu :

– de l’obligation pour le gestionnaire d’assurer la sécurité des usagers, des tiers et du personnel de maintenance,

-de l’importance des crédits nécessaires pour l’entretien, la réparation ou la reconstruction des ouvrages existants,

– du nombre d’ouvrages en service,

-des conséquences que peuvent avoir sur l’économie régionale, départementale ou locale, les fermetures d’ouvrages ou la réduction de leur niveau de service (limitation de tonnage, ralentissements imposés, …).

L’enjeu est de répondre à une demande évolutive de déplacement des biens et des personnes dans des conditions de sécurité satisfaisantes, tout en assurant la pérennité du bien commun que constitue le patrimoine existant (2) et sans reporter sur les générations futures des investissements lourds.

Face à cet enjeu et dans cette logique de développement durable, une politique de gestion de patrimoine a été validée, visant deux objectifs principaux :

-pour le parc dans son ensemble : le préserver et valoriser le réseau en optimisant les moyens techniques, humains et financiers ;

-pour chaque ouvrage : maintenir son état fonctionnel afin d’assurer sur un itinéraire un niveau de service et un niveau de sécurité pour les personnes.

Une bonne gestion d’un patrimoine d’ouvrages d’art nécessite de les connaître, de surveiller (3) leur évolution et d’intervenir en temps utile pour les opérations de maintenance (4).

Ces missions incombent au service gestionnaire (Direction des Routes et de l’Aménagement – DRA)

Une programmation d’investissement a été intégrée à la PPI (Programmation Pluriannuelle d’Investissement) depuis 2010, afin d’anticiper les risques de désordres sur ouvrage d’art et permettre une gestion patrimoniale optimisée.

La moyenne annuelle de travaux de réparation en ouvrages d’art sur les 9 dernières années a été d’environ 940 k€/an hors ouvrages d’art non courants (en moyenne 1,3 M€/an). Une programmation d’environ 1,5 M€/an à partir de 2020 est inscrite dans la PPI.

Pour répondre aux objectifs de la gestion d’un patrimoine, la direction de la maîtrise d’ouvrage gestionnaire (DRA) est le garant de la politique de gestion du patrimoine, ce qui le conduit à :

-décliner la politique définie en tenant compte des contraintes liées à l’exploitation et prioritairement à la sécurité des personnes ;

-fixer les objectifs et prévoir les moyens humains et financiers nécessaires à leur réalisation en les adaptant à la valeur et l’importance du patrimoine ;

-prioriser les actions d’entretien et de réparation à partir d’une analyse multicritères. Cette analyse multicritères intégrera en particulier, les priorités techniques, la logique d’itinéraire, les contraintes d’exploitation, la gêne à l’usager ;

Au-delà de ces dossiers propres, les services techniques apportent un conseil avisé sur les aspects techniques concernant des dossiers à enjeu territorial fort (barrage Lac au Duc, sécurisation passerelle espaces ENS, …).”

(1)DEFINITION DE LA GESTION DES OUVRAGES D’ART :

La gestion des ouvrages d’art recouvre de nombreuses activités :

– à dominantes techniques telles que :

– la connaissance du patrimoine (recensement, caractéristiques, fonctions),

– la surveillance,

– l’entretien courant et spécialisé,

– le diagnostic de l’état du patrimoine,

– la recherche de solution de réparation ou d’amélioration,

– la gestion de l’exploitation de l’ouvrage (les convois exceptionnels, dossier d’ouvrages, …)

– à dominantes administratives ou juridiques telles :

– la coordination avec les autres gestionnaires intéressés par l’ouvrage,

– les relations avec les diverses autorités de police,

– la responsabilité des entreprises pendant les périodes de garanties,

– les occupations de la voirie.

(2)DEFINITION DE LA CONNAISSANCE DU PATRIMOINE :

La connaissance du patrimoine comporte :

– le recensement des ouvrages d’art (identification, localisation, géométrie,…),

– le suivi et la mise à jour de la base de données comportant les principales caractéristiques, les fonctions et les usages des ouvrages ou dispositifs recensés ;

– la caractérisation de son état structurel ;

– l’historique des travaux.

(3)DEFINITION DE LA SURVEILLANCE DES OUVRAGES D’ART :

La surveillance d’un ouvrage d’art est l’ensemble des contrôles et des inspections révélateurs de son état et de son évolution possible par rapport à un état antérieur.

Elle comporte :

– un examen visuel sur le site, dont le niveau de précision diffère selon le type de visite, et complété parfois par la mesure de quelques grandeurs physiques,

– une comparaison avec l’état antérieur formalisé ;

– une alerte en cas de risque structurel, de dégradation significative et/ou de détérioration majeure ;

Elle nécessite donc :

– une accessibilité des parties d’ouvrages à examiner (dégagement des accès par l’entretien, conception de l’ouvrage),

– des informations uniformes et cohérentes sur l’état de l’ouvrage entre deux états de référence (procès-verbal type et homogène),

– une consultation de l’état antérieur et donc une conservation des précédents P.V. de visites,

– une exploitation, une réutilisation et donc également une conservation des informations nouvelles, et donc du nouveau P.V. de visite.

(4)DEFINITION DE L’ENTRETIEN DES OUVRAGES D’ART :

L’entretien regroupe les opérations destinées à maintenir l’état de service d’un ouvrage d’art dans les meilleures conditions de sécurité et de confort pour l’usager, à assurer la pérennité de l’ouvrage et le maintenir dans son meilleur état “mécanique” et esthétique.

On distingue :

– l’entretien courant,

– l’entretien spécialisé.”


'Morbihan. Comment le Département entretient ses 950 ponts?' a 4 commentaires

  1. 20 novembre 2019 @ 14 h 11 min Christian

    La réponse des services du département est certes explicite, précise, mais parfois complexe.
    Toutefois, il nous est dit qu’aucune mesure d’économie ne sera faite sur les constats, les études, et les travaux sur les risques potentiels. C’est une excellente chose.
    La réponse est donc claire….
    Des travaux sur le pont-neuf à Malestroit ont été avancés. C’est bien ; on en est où ?
    Par contre, les années se suivent et, force est de constater que le pont-neuf subi toujours le flux important de véhicules puisque c’est le seul axe de circulation dans la traversée de Malestroit (poids-lourds, engin agricole, transports scolaires, convois exceptionnels…).
    La sécurité du pont n’est pas le seul problème… Faut-il attendre un accident aux conséquences qui pourraient être dramatiques pour enfin réfléchir à la sécurité de la circulation dans Malestroit ?
    Je n’ai vraiment pas envie que Malestroit fasse la une de l’actualité.
    Il ne s’agit pas d’alarmer mais de faire prendre conscience que prévenir est le plus important.
    Les différentes études qui ont été réalisées depuis des années, pour le contournement notamment, sont restées vaines et ont coûté au contribuable. Cet argent public aurait déjà pu servir à financer des aménagements utiles à rendre la sécurité de la circulation plus fiables…
    La question du contournement a été mainte fois posée et restée sans réponse, mais il semble qu’il pourrait y avoir des conflits d’intérêt ?
    Les promesses des candidats aux futures élections municipales nous permettront peut-être d’en savoir plus.

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    • 21 novembre 2019 @ 11 h 13 min Jardin

      Tout à fait d accord
      Tous ces blabla administratifs sont de la “branlette cérébrale ”
      Pendant ce temps l usure s installe et de plus en plus de gros bahuts traversent nuit et jours la ville et pendant ce temps quelques hauts “dignitaires ” se grattent le nombril au chaud en attendant qu un autre prenne une décision

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  2. 21 novembre 2019 @ 3 h 56 min Nimitz

    La traversée de Malestroit par l’axe de la grande côte devrait être interdite à tout poids lourd quel qu’il soit en raison de risque de freins défaillants. A ceci ajouté le passage journalier de centaines de ces mêmes véhicules sur le Pont Neuf. Attendez vous à ce qu’un jour Malestroit fasse la une des faits divers nationaux.

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  3. 21 novembre 2019 @ 13 h 43 min jean-marie bey

    Bonjour, on signale souvent la difficulté aux élus de faire passer une décision difficile, alors Messieurs et Mesdames les élus de Malestroit prenez la balle au bond , profitez de ce drame pour enfin interdire la traversée de ce pont aux camions , c’est le moment ou jamais, vous n’aurez plus cette possibilités ( espérons) , les véhicules de Questembert ou de Pleucadeuc direction Bohal et la 4 voies , et tous les camions de la zone idem, avec contrôle renforcé pendant quelques semaines par la gendarmerie ou la police municipale et ça rentreras dans les mœurs, les seuls pénalisés “Roga” pour aller à Guer mais n’oublions pas pour y arriver il y ceux qui ont des excuses et ceux qui ont la volonté. Cordialement jmb

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