Lanouée. Agriculture: et si les algues remplaçaient les pesticides?

Jamais sans doute la question n’aura été autant d’actualité. Depuis des mois les arrêtés des maires interdisant l’utilisation des pesticides trop près des habitations se multiplient. Une tendance qui inquiète les agriculteurs car elle menace leur activité déjà soumise à de nombreuses contraintes. Ce mardi les manifestations d’agriculteurs se sont multipliées en France et dans le grand ouest, autour de Rennes et de Vannes notamment.

On sent bien que cette question de l’usage des produits phytosanitaires par le monde agricole devient un sujet de fracture dans la société moderne. Pourtant, ces produits, les agriculteurs en ont besoin pour assurer les récoltes qui elles-mêmes sont nécessaires pour nourrir aussi bien les animaux que les humains. Les algues peuvent-elles être une alternative au système actuel?

Agriculteur installé à Lanouée, Stéphane Dahirel en est convaincu. Depuis des années, il développe des méthodes d’élevage et de culture qui s’exonèrent le plus possible des produits chimiques. Pour lui, la réponse est globale et suppose la conjugaison de plusieurs actions: le recours à des technologies de pointe qui permettent de régler la quantité d’engrais en fonction des besoins réels de chaque parcelle, ne plus considérer le sol comme un simple support de culture mais comme un milieu vivant. Une autre approche qui consiste à nourrir le sol pour que les végétaux y puisent les éléments nutritifs dont ils ont besoin pour se développer. Dans le même esprit, Stéphane Dahirel améliore le compostage de ses fumiers en y ajoutant des bactéries et en assurant leur ventilation dans un hangar spécialement aménagé qui lui a coûté la modique somme de 200 000 euros.

Pour mener cette agriculture la plus respectueuse possible de l’environnement, Stéphane Dahirel suit de près toutes les alternatives d’origine naturelle aux produits phytosanitaires qui émergent. Cultiver du blé sans fongicides, ni pesticides… Un rêve que l’agriculteur de Lanouée est sur le point de réaliser. Et ce sont les algues qui lui ont apporté cette solution. On sait que la société Olmix dispose à Bréhan d’une usine fabiquant des produits dérivés des algues qui sont utilisés pour remplacer les antibiotiques par exemple dans l’élevage. Mais Olmix a développé une expertise reconnue dans le monde entier pour optimiser les bienfaits des algues pour les animaux, les êtres humains et les végétaux. Des recherches tous azimuts sont menées par Olmix et le champ des investigations est immense, tout comme les perspectives prometteuses qu’elles laissent entrevoir.

Stéphane Dahirel a donc testé sur une parcelle de 2,5 hectares la culture du blé en utilisant des solutions à base d’algues qui en fortifiant les plantes les rendent plus résistantes aux maladies et les nourrissent mieux. Il en va des végétaux comme des êtres humains: en bonne santé, ils de défendent mieux contre les agressions extérieures et notamment les maladies.

Ce mardi matin, les premiers résultats très encourageants de cette expérience ont été présentés à la presse. Une première analyse fait apparaître que cette méthode fonctionne. La preuve, sur la table se trouvait un paquet de farine portant le label « Merci aux algues », commercialisée par la meunerie Paulic. Une farine fabriquée avec du blé cultivé sans insecticide ni fongicide de synthèse du semis à la récolte. Un blé meunier panifiable, présentant le même taux de protéines qu’un blé conventionnel, sans mycotoxine. Mais, il y a une contrepartie à ce résultat: un rendement moindre (77 quintaux à l’ha contre 87). Conclusion: oui, il est possible de cultiver du blé sans produits chimique, mais il coutera un peu plus cher, de l’ordre de 10 à 15% en plus. Le défi est donc de convaincre le consommateur que la qualité de son alimentation passe par l’acceptation de ce surcoût. C’est donc ce modèle économique qui reste à construire et ce n’est pas simple, car cette filière « propre » sera confrontée de plein fouet à la production venue par exemple des pays de l’Est, moins chère mais moins exigeante en matière d’environnement.

Stéphane Dahirel, lui, est désormais convaincu d’avoir trouvé la seule voie possible pour réconcilier son métier avec des consommateurs de plus en plus intransigeants avec la protection de l’environnement, mais pas seulement. Car ce résultat c’est aussi le couronnement d’une vie de conviction. Alors, l’année prochaine, il envisage de consacrer 30% de ses surfaces à ce type de culture.  Et ce modèle exemplaire, le Grand Bassin de l’Oust a choisi de le mettre en valeur et d’en faire la promotion parce que la réduction des intrants, c’est moins de polluants vers les eaux souterraines et les rivières et donc un pas de plus vers une amélioration de la qualité de ces eaux et plus globalement de notre environnement. Car la solution à la pollution de l’eau se joue en amont, c’est à dire par la modification en profondeur des pratiques culturales des 2500 agriculteurs qui interviennent sur le bassin de l’Oust que gère que SMGBO (syndicat mixte du grand bassin de l’Oust).

Merci les algues!, une marque à découvrir

Cette conférence de presse a été aussi l’occasion d’annoncer la création depuis peu d’une association « Merci les algues ». Elle se fixe pour objectif de coordonner les différentes filières qui se développeront à l’image de celle du blé pour fournir des produits de qualité, mais aussi pour la filière animale en valorisant la viande produite sans antibiotique. Un objectif qui veut aussi garantir au producteur un meilleur revenu tout en adoptant ces méthodes innovantes et plus respectueuses de l’environnement. Le premier exemple concrèt est donc l’arrivée prochaine sur le marché de cette farine commercialisé par Paulic meunerie et donc les paquets arboreront fièrement ce label « Merci les algues ». Et, promis, le pain n’aura pas le goût de l’algue dont seuls les produits actifs sont isolés pour produire les dérives utilisables en agriculture.

Nous reviendrons en détail et en vidéo sur cette expérience dans un prochain article

 

 


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