Environnement. La mortalité des abeilles en recul: un espoir fragile?

-Enquête Eva Dumand-

Remontons le temps. 30 avril 2018. La situation est critique. 20 000 colonies d’abeilles sont mortes en Bretagne. Les apiculteurs désemparés face à la catastrophe, voient leur récolte tomber à l’eau. Ils décident de se mobiliser en organisant une marche : pour marquer les esprits, mais surtout pour réveiller la chambre d’agriculture. Le convoi mortuaire prend son départ au Faouët et rejoindra Rennes quelques jours plus tard. Aujourd’hui, au printemps 2019, la situation s’est quelque peu améliorée. Les changements se font rarement sans prise de conscience massive. La crise de l’an passé a réveillé beaucoup de monde. Les acteurs du milieu associatif, les collectivités, les experts et les apiculteurs travaillent de plus en plus à de nouvelles solutions. Les marches pour le climat l’ont montrées, beaucoup veulent voir la société évoluer. Beaucoup d’initiatives ont été montées depuis et la Loi a évoluée. Un souffle d’espoir pour les apiculteurs !

Espoir fragile ?

Si beaucoup de progrès ont été fait depuis la marche funèbre, la biodiversité est en péril chaque jour. Les changements opérés dans notre société, comme l’agriculture intensive ou l’hyper-urbanisation ont fragilisé tout un écosystème. L’Europe a vu sa population d’insectes baisser de 80% en un demi-siècle, et le déclin de 400 millions d’oiseaux, qui s’en nourrissent. En Bretagne, 20% des espèces végétales sont en danger d’extinction, contre 15% au niveau national. 2 espèces sur 10 de la biodiversité sont en danger dans la région.
Ce lundi 6 mai, l’ONU dévoile un rapport qui fait froid dans le dos, le taux actuel d’extinction des espèces est jusqu’à 100 fois plus élevé que durant les 10 derniers millions d’années. Les chercheurs sont clairs : près d’un million d’espèces sont amenées à disparaître. Plus de 75% des types de cultures utilisés dans le monde reposent sur la pollinisation par les animaux. Protéger la biodiversité n’est pas un sacrifice, car sans les abeilles et autres pollinisateurs, fini la culture d’un bon nombre de nos aliments : fruits, légumes, cacao (donc chocolat), café, tout y passe.

Le déclin des abeilles ne constitue qu’un maillon de cette chaîne d’extinction à laquelle nous assistons. Leur forte mortalité, l’an passé, a permis de tirer la sonnette d’alarme et de mettre en place des solutions, qu’il faut continuer de développer pour ne pas rendre vains les efforts produits.

Néonicotinoïdes

 

Ce mot difficile à prononcer désigne une catégorie de produits toxiques utilisés comme insecticides agissant sur le système nerveux central des insectes. C’est le principal facteur inculpé par les apiculteurs dans le décès des abeilles de Bretagne (mais aussi du reste de la France). Après plus de 20 ans d’utilisation, les autorités commencent à mesurer l’impact négatif de ces molécules sur les nappes phréatiques, sur des insectes non visés initialement (abeilles, papillons, etc.) comme sur les oiseaux. 1/3 des insecticides vendus dans le monde sont des néonicotinoïdes. Les études qui démontrent leur nocivité se multiplient. Principaux responsables de ce que l’on appelle le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles, ils mettent en péril tout un écosystème.
Les abeilles sont d’une importance vitale. En plus de l’abeille domestique des apiculteurs, ce sont 900 espèces d’abeilles sauvages en France qui pollinisent les fleurs, mais aussi les fruits et légumes que nous consommons. Sans leurs actions, l’ensemble de l’écosystème s’effondre.

30 juillet 2018. Un décret interdit 5 substances nocives aux abeilles. Les néonicotinoïdes, mis en cause par les apiculteurs, au printemps, sont interdits. François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, est clair : cette interdiction est primordiale et le gouvernement ne changera pas d’avis. Mais en novembre 2018. L’association des producteurs et vendeurs de produits phytosanitaire attaque en justice le décret du 30 juillet. José Nadan, apiculteur au Faouët et initiateur de la marche funèbre ne se dit pas inquiété par cette attaque. Pour lui, même si les décisions sont très longues à prendre, il est rare que l’on revienne sur de telles lois, surtout avec autant d’études à l’appui, mais l’association est bien déterminée à aller jusqu’au bout. Elle compte démontrer que l’Etat français n’a pas respecté le droit européen. Aucun jugement n’a été prononcé à l’heure actuelle, le dossier traine, car à chaque nouvelle preuve, tout est réexaminé.

Entre espoirs et craintes

 

Les initiatives des associations, collectivités et de la Région Bretagne ont laissé entrevoir un futur positif mais la biodiversité reste en grand danger. C’est en équilibre entre espoirs et craintes qu’avancent les apiculteurs et défenseurs de la biodiversité.

Novembre 2018. L’UNAF (Union Nationale de l’Apiculture Française) publie une étude démontrant l’impact néfaste des pesticides utilisé dans les élevages bovins et ovins sur les abeilles. Si l’attention était jusqu’ici portée sur les plantations agricoles, une nouvelle zone de floue émerge. Cela n’est pas pour rassurer les apiculteurs qui commençaient tout juste à souffler.

Mars 2019. Le Syndicat des apiculteurs du Morbihan annonce le taux de mortalité des abeilles. Les chiffres ont nettement baissé, 1 an après la marche funèbre. Les abeilles vont mieux ou plutôt : elles meurent un peu moins. C’est déjà une grande avancée comparée au printemps précédant. Un recul si nette des mortalités était presque impensable. José Nadan y voit le résultat de l’interdiction des néonicotinoïdes, associée d’une météo très clémente à l’hiver. Si cette annonce est rassurante, il est néanmoins important de ne pas baisser sa garde.

C’est la raison pour laquelle la Région Bretagne travaille continuellement, avec des apiculteurs, à la surveillance des pollens. Analysés, ils permettent de connaître les pesticides ravageurs pour les abeilles, l’histoire d’un environnement et ses variations. C’est ce qu’on appelle la palynologie.

Les associations se mobilisent elles aussi. Celles du Morbihan sont un exemple en matière d’initiatives environnementales. Au printemps 2019, les fêtes et rassemblements sont bien présents : « Fête de l’Asphodèle » à Baden autour du pollen ou « Vannes, ville belle et saine » pour parler respect de l’environnement et protection des abeilles par exemple.

Missiriac et Bohal donnent l’exemple

Des villes comme Missiriac installent des ruches communales pour préserver ce patrimoine naturel. Le maire Jean-Yves Laly a mis en place une politique environnementale pour la ville. Les éco-citoyens participent au bon fonctionnement de la commune, un apiculteur bénévole s’occupe des ruches et 2 employés municipaux sont dédiés au fleurissement du bourg. Les récoltes de miel ne sont pas vendues, elles reviennent aux deux écoles (public et privée) et à la mairie. Le long des chemins, des panneaux permettent d’expliquer les actions de la mairie, notamment en matière d’entretien des bords de routes, parcelles, et parterres communaux. Missiriac est labellisé village 4 fleurs pour ses actions bénéfiques à l’environnement. Une de ses communes voisines, Bohal, s’est aussi lancée dans l’installation de ruches communales et a reçu en novembre 2018, un label la récompensant pour sa protection et sa défense des pollinisateurs sauvages. Il s’agit du label APIcité. Tout comme la commune de Locmiquélic, près de Lorient ; Saint-Nolff, près de Vannes ; et Saint-Gildas-de-Rhuys.

Ruches de Missiriac


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