N.-Dame de Paris. B. Briero: « la technique doit être au service de l’histoire »

 

En avril 2016, Bertrand Briero au centre recevait dans ses ateliers une délégation d’élus de Caro devant le clocher de l’église en cours de restauration…

La restauration des monuments anciens, appartenant au patrimoine historique, il sait faire. Bertrand Briero dirige l’entreprise du même nom située à Mauron qui participe actuellement avec les Charpentiers de Bretagne à la restauration de l’église de Guégon et qui jouit d’une solide réputation. A son actif, la réfection de plusieurs bâtiments patrimoniaux. Rien à voir en ampleur avec le chantier qui va s’ouvrir pour reconstruire Notre-Dame de Paris. Mais comme tout le monde, cet expert a été touché par le spectacle des flammes dévorant la toiture vieille de 800 ans de l’édifice religieux bâti sur l’Ile de la Cité.

Nous nous posons tous la question de savoir si un jour, la cathédrale Notre Dame de Paris pourra retrouver son esthétique. On entend parler dans les différents reportages de ces chênes millénaires qui ont été utilisés lors de sa construction dont on devine qu’ils sont désormais rarissimes pour ne pas dire introuvables. Alors, est-ce que la reconstruction de Notre Dame est envisageable? « Oui », répond sans la moindre hésitation Bertrand Briero. « Je n’ai jamais visité Notre Dame et je ne sais donc pas précisément comment était conçue la charpente. Mais pour moi, il ne fait pas de doute que cet édifice retrouvera une toiture identique construite dans le même esprit qu’à l’origine. Par contre, il est possible que les assemblages soient différents… », explique-t-il.

Pour lui, l’information essentielle de ce lendemain de drame, est le fait que tous les plans de la charpente ont été conservés. « Ca c’est vraiment le point essentiel. Pour le reste, on a toujours en France le savoir-faire des charpentiers de l’époque. Par contre, il est possible que le nombre d’assemblages soit différents et qu’il faille plus de pièces, car aujourd’hui, on a des bois plus courts qu’à l’époque… », analyse Bertrand Briero, s’avouant fasciné par le défi que représente la reconstruction de la flèche. « Elle était réalisée avec des bois très longs. Là je pense qu’il faudra peut-être la reconstituer en plusieurs étages et les empiler… », imagine-t-il.

Mais tout cela restera dans du travail de très haute technicité, respectant l’esprit d’origine. « Dans le cas de ces restaurations haut de gamme, c’est d’abord l’histoire qui doit primer. C’est la technique qui doit se mettre au service de l’histoire », estime-t-il. Et pour ça, il ne fait aucun doute selon lui qu’on dispose en France des compétences nécessaires. « Les métiers de la charpente restent une spécialité française. On a aujourd’hui d’excellents professionnels et des jeunes très motivés. Ils ne sont pas pléthore, mais ils sont très motivés, très bien formés et passionnés par leur métier. Certains font le Tour de France (ndlr: les Compagnons du devoir), mais pas tous. Beaucoup se forment dans nos entreprises… », ajoute Bertrand Briero.

Et puis cet incendie hors normes par son ampleur et son retentissement pourrait aussi avoir un impact positif sur un phénomène qui inquiète la filière bois. La Chine achète en massivement des chênes en France pour parfois les réimporter travaillés, ce qui créé une tension sur le marché du bois avec une raréfaction du chêne, fragilisant ce secteur d’activités. Certaines entreprises ont des difficultés à s’approvisionner en matière première. « Ce n’est pas notre cas puisque nous travaillons avec des scieries locales, mais ce phénomène existe. Et ce qui vient de ses passer peut peut-être provoquer une prise de conscience au plus haut niveau de l’Etat qu’il est nécessaire de protéger notre ressource… », convient Bertrand Briero.


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