Publié le 11 septembre 2026
Sécheresse dans le Morbihan. Maïs, légumes, lait, volailles : les chiffres qui mesurent l’ampleur des dégâts
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Jusqu’à 85 % de pertes sur le maïs, 60 à 70 % sur les flageolets, une collecte de lait en recul de 7,6 % en juin, une récolte de pommes qui pourrait être la plus faible depuis vingt ans… La Chambre d’agriculture du Morbihan a dressé un état des lieux des conséquences de la sécheresse et des canicules de 2026. Des chiffres qui montrent l’ampleur d’une crise dont les effets devraient se prolonger bien au-delà de cet été.

Le constat dressé par la FDSEA du Morbihan lors de sa conférence de presse de rentrée trouve un prolongement chiffré dans l’état des lieux réalisé début septembre par la Chambre d’agriculture du Morbihan.
Et le premier chiffre donne la mesure de l’épisode : entre mars et août, le déficit hydrique a atteint 40 % en Bretagne, soit environ 170 mm. À la mi-août, la réserve utile des sols était nulle ou proche de zéro.
Les pluies revenues fin août n’ont apporté qu’un répit limité et surtout très inégal : généralement 20 à 30 mm, mais avec des cumuls allant de 6 à 70 mm selon les secteurs.
Depuis le 20 août, tout le Morbihan, à l’exception des îles, est placé en situation de crise concernant les usages de l’eau. La Chambre fait également état de difficultés dans certains élevages alimentés par des forages ou des puits et de problèmes en bout de réseau liés aux baisses de pression.
Maïs : jusqu’à 85 % de pertes
C’est l’une des productions les plus durement frappées. Selon les secteurs et les caractéristiques des sols, les pertes de rendement du maïs vont de 20 à 85 % en tonnage. Sur le littoral, certaines parcelles ne produisent que 4 à 5 tonnes de matière sèche.
À la quantité s’ajoute un problème de qualité, avec notamment une baisse du taux d’amidon.
Conséquence : des parcelles qui devaient initialement être récoltées en maïs grain ont finalement été ensilées pour tenter de reconstituer les stocks destinés à l’alimentation des animaux.
Le dispositif d’Indemnisation de solidarité nationale (ISN) pour le maïs a été reconnu pour le Morbihan le 7 septembre.
Lait : -7,6 % en juin
La chaleur a également directement affecté les animaux.
Pour les vaches laitières, la Chambre constate une diminution de la productivité. Sur le seul mois de juin, la collecte de lait a chuté de 7,6 % par rapport à juin 2025.
Cette baisse intervient dans une conjoncture économique déjà défavorable : en Bretagne, le prix du lait payé au producteur a diminué tout au long du premier semestre pour arriver à un peu plus de 400 € les 1 000 litres, à composition standard.
La filière bovins viande est également sous pression. Le nombre de bovins bretons abattus au premier semestre a reculé de 4,9 % par rapport à 2025, tandis que les charges augmentent : l’indice Ipampa viande bovine progressait de 5,5 % sur un an en juin.
Des pertes considérables dans les légumes
Les chiffres sont encore plus spectaculaires dans certaines productions légumières.
Pour les légumes destinés à la transformation, les données d’Eureden reprises par la Chambre font apparaître dans le Morbihan des pertes de :
–35 % pour les pois ;
–45 % pour les haricots ;
–60 à 70 % pour les flageolets.
Les légumes d’automne suscitent désormais de fortes inquiétudes. La Chambre évoque des marges négatives pour les producteurs et même un risque que certains se désengagent de ces productions en 2027.
L’irrigation a permis d’amortir les dégâts là où elle était possible, mais moins de 30 % des surfaces concernées par les légumes transformés étaient irriguées en 2026.
Pour les légumes frais de plein champ et le maraîchage, la Chambre qualifie tout simplement la campagne estivale de « catastrophique » : mortalité de plants, manque d’eau et volumes insuffisants à commercialiser. Les pommes de terre affichent pour leur part des pertes de rendement estimées à environ 30 %.
Volailles : la canicule a frappé brutalement
Dans les élevages de volailles, c’est moins la sécheresse que les températures extrêmes qui ont provoqué les dégâts les plus immédiats.
Les canicules de mai et surtout de fin juin ont entraîné d’importantes mortalités, avec des situations très différentes selon l’isolation et l’équipement des bâtiments en ventilation ou brumisation.
À l’échelle nationale, le document fait état d’environ 700 000 poules pondeuses perdues lors des fortes chaleurs à partir de juin. La chaleur a également réduit leur consommation, entraînant une diminution moyenne d’environ deux grammes du poids des œufs.
La Chambre estime que cette surmortalité pèsera sur la production bretonne pendant plusieurs mois.
Chez les porcs, les effets devraient également se prolonger : mortalité de certaines truies, baisse des performances alimentaires et problèmes de fertilité.
La plus faible récolte de pommes depuis vingt ans ?
Une autre production, moins souvent évoquée, a particulièrement souffert : l’arboriculture.
Selon les premières estimations présentées par la Chambre, 2026 pourrait être la plus mauvaise année depuis vingt ans pour la production de pommes dans le Morbihan.
Dans les vergers non irrigués, les pertes atteindraient 30 à 50 % pour les pommes à cidre. Les pommes de table sont également touchées, avec des fruits de trop petit calibre qui pourraient devoir être réorientés vers la production de jus, moins rémunératrice.
L’apiculture fait en revanche figure d’exception relative : aucun retour alarmant n’est signalé concernant la récolte de miel 2026. Des inquiétudes demeurent néanmoins sur l’état de certaines colonies, affaiblies par le manque de ressources alimentaires et les attaques de frelons.
Un plan national d’un milliard d’euros
Face à cette situation, le plan annoncé le 4 septembre par la ministre de l’Agriculture représente un milliard d’euros à l’échelle nationale.
Il comprend notamment 520 millions d’euros estimés pour l’Indemnisation de solidarité nationale, 300 millions d’allégements de taxe foncière sur les propriétés non bâties et un fonds de réarmement agricole de 235 millions d’euros.
Selon le document de la Chambre d’agriculture, 3,48 millions d’euros sont prévus pour le Morbihan au titre de ce dernier dispositif.
D’autres mesures concernent les cotisations sociales, les pertes non assurables, les aides à l’achat d’engrais et de carburant ou encore la simplification des procédures.
Des réponses financières qui vont désormais devoir se traduire dans les exploitations, alors que l’une des principales inquiétudes concerne déjà 2027 : reconstituer les stocks de fourrage, financer les prochaines cultures et permettre aux exploitations les plus touchées de continuer à produire.
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