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Faits divers

Publié le 7 décembre 2020

Malestroit-Morbihan. L’insoluble et coûteux fléau des vols de cuivre

De gauche à droite, Florent Le Leuch responsable service éclairage, André Belleguic, vice-président et Jo Brohan, président de Morbihan Energies

Depuis une quinzaine de jours, une partie de la ville de Malestroit est plongée dans l’obscurité le soir. Sur les façades de quelques maisons riveraines du boulevard Saint-Michel, des habitants ont installé des guirlandes lumineuses qui tentent de rappeler que nous ne sommes qu’à quelques jours des fêtes de Noël. Mais plus d’éclairage public depuis que des malfaiteurs ont arraché plus de deux kilomètres de câbles électriques (voir encadré ci-dessous) sur le secteur de Malestroit/Saint-Marcel pour en récupérer le cuivre…

Le vol de cuivre, c’est un fléau national mais qui se concentre parfois sur certains secteurs géographiques. C’est ainsi que le Morbihan est plus touché par exemple que ses voisins du Finistère ou des Côtes d’Armor. Et depuis l’été, l’Est du Morbihan est au cœur d’une véritable razzia. Malestroit, Elven, Carentoir, la Chapelle-Caro,  Guégon… Dans son bureau de Vannes, Jo Brohan, le président de Morbihan Energie ne cache pas sa colère au sortir d’une réunion avec les entreprises chargées des travaux à laquelle il participe en compagnie de son vice-président André Belleguic, maire adjoint de Saint Avé. “Rendez-vous compte, depuis l’été ce sont près de 9 km de câbles qui ont disparu pour un coût de travaux estimés à 190 000 euros TTC”, se désolent les deux hommes. 30% de cette somme sera pris en charge par le syndicat, le reste par les communes qui sont légalement responsables de l’éclairage public. A Morbihan Energies on fait les comptes: depuis 2014, ce sont environ 40 vols de câbles par an qui sont enregistrés. A 10 000 euros de préjudice moyen par vol, faites le compte: ce sont 2 400 000 euros d’argent public qui se sont ainsi envolés. Car au final, c’est bien de la poche du contribuable que sort cet argent. “La plupart du temps ces dégâts ne sont pas couverts par les assurances et ce sont les communes qui payent la note”, explique Jo Brohan.

Morbihan Energies est un syndicat intercommunal auquel adhèrent la quasi totalité des communes du Morbihan qui y sont représentées chacune par deux délégués.  Il apporte son soutien aux collectivités de multiples façons: en allant chercher les financements les plus intéressants pour certains projets, ou bien encore en réalisant des achats groupés comme celui de 6000 luminaires Leds qui permettent d’accéder à des technologies économes à moindre coût. Morbihan Energies investit chaque année environ 35 M d’euros dans le réseau électrique basse et moyenne tension du Morbihan composé de 15 000 transformateurs et 27 000 km de réseau qui est exploité par Enedis, moyennant le paiement d’une redevance.

Des voleurs très organisés et insaisissables

Pour l’éclairage public communal, c’est le syndicat qui assure la fonction de bureau d’étude pour les collectivités locales (réalisation des études, des devis, supervision des travaux…) en relation avec une quinzaine d’entreprises co-traitantes. Sur l’ensemble du département, Morbihan Energies assure la maintenance de 70 000 points lumineux. Ces points lumineux, c’est à dire les candélabres, sont les cibles privilégiées des voleurs de cuivre. Chez Morbihan Energies, on sait qu’on a affaire à une véritable organisation structurée, déterminée, intelligente dans ses méthodes d’action, insaisissable. Le grand public a du mal à comprendre que de tels vols puissent se reproduire sans que jamais un des voleurs ne soit électrocuté ou ne soit interpellé. Mais ces malfaiteurs ne sont pas des “bricolos” amateurs, ce sont de véritables experts qui savent où couper l’alimentation électrique pour pouvoir intervenir en toute sécurité et arracher des dizaines de mètres de câbles. Ils agissent semble-t-il par équipes spécialisées: ceux qui préparent le futur théâtre de leurs exactions, ceux qui arrachent les câbles et ceux qui ramassent et évacuent le butin. Les premiers agissent souvent en plein jour, un peu comme les faux déménageurs. Affublés de gilets fluorescents, ils s’activent autour des poteaux sans éveiller les soupçons des riverains qui les cotoyent toute la journée. Les derniers disposent d’une logistique imposante avec des camions nécessaires pour transporter les câbles très lourds. Mais encore faut-il disposer du réseau permettant d’écouler ce cuivre, ce qui laisse penser que c’est une vrai filière de l’économie souterraine qui agit en toute impunité. Car les arrestations sont rarissimes et les quelques cas recensés ne débouchent sur aucune poursuite: les câbles ne sont pas “marqués” et il est impossible de prouver qu’ils proviennent d’un vol… Les lieux des vols sont semble-t-il choisis et repérés plusieurs jours à l’avance, de préférence tout près d’un axe routier facilitant une disparition rapide.

Des antivols trop coûteux

“On sait que l’intensité de ce phénomène repose sur deux points: le court du cuivre et la vulnérabilité de nos installations…”, indique Florent le Leuch, responsable du service éclairage à Morbihan Energies. Le court du cuivre,  est un élément que personne ne maitrise. En 2020 il a augmenté de plus de 13%. Reste la vulnérabilité des installations. “Sur les installations neuves on a mis en place des antivols enterrés assez profondément et des trappes d’accès sur les poteaux qui au lieu d’être au ras du sol ont été remontées à 1,50 m. Ca complique sérieusement les choses pour les voleurs qui n’ont pas accès aux antivols et ont du mal à tirer les câbles en hauteur. C’est assez efficace et là, on a très peu de vols. Par contre, il en va tout autrement sur les installations existantes…”, explique Florent le Leuch. Pour ces poteaux là, les trappes sont à quelques centimètres du sol et ni les antivols souterrains ni l’épaisse couche de gravier destinée à compliquer la tâche des voleurs qui les protègent ne les arrêtent. Et le problème est pris très au sérieux. “Nous avons fait appel à un bureau d’études toulousain pour créer nos propres antivols. On a été très loin dans le projet en réalisant des prototypes. Mais les essais ont montré que l’opération était trop complexe et surtout représentait un coût beaucoup trop élevé…”, indique Florent Le Leuch.

Campagne de sensibilisation

Pourtant, Jo Brohan et André Belleguic, ne baissent pas les bras. Car ils sont convaincus qu’une solution pourrait venir des citoyens eux-mêmes. “Il faudrait qu’ils aient le réflexe de prévenir la mairie par exemple, quand ils voient des gens s’affairer autour des mats. La mairie saurait immédiatement s’il s’agit ou pas de travaux programmés. Mais aussi qu’ils signalent très vite les pannes d’éclairage. A Malestroit, il a fallu attendre deux jours sans lumière pour que cela soit signalé”, constatent-ils. Alors Jo Brohan a pris la décision de lancer une campagne auprès des élus locaux pour qu’eux mêmes sensibilisent leurs administrés à être conscient de ce fléau et plus attentifs à ce qui se passe près de chez eux.

Près de 9 km de câbles volés depuis l’été


Malestroit/Saint-Marcel , (Faubourg Saint michel, Rue Etrelot, PA Tirpen, La Paviotaie), 2,2 km, coût prévisionnel 50 000€
Elven (rond point de Lamboux, rond point Intermarché, rue Savana, rue des écoles), 2 km de câbles cout environ 35 000€
Carentoir (Giratoire hôpital – rues du calvaire et Abbé de la Vallière) , 800 m de câble, cout 16 000 euros
Guegon 600 ml de câble, coût prévisionnel 20 000€
Lantillac (rue des forgerons), 130 ml cout prévisionnel 4000€
Radenac (rue Anne de Bretagne), 300 ml cout prévisionnel 10 000€
La chapelle-Caro, 300 ml, coût prévisionnel 10 000€
Tréflean (Bizol), 2,300 Km, cout prévisionnel 35 000€

 

 

 

 

 

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