Ruffiac-Muzillac. Nouvelle politique sociale : l’association d’insertion jette l’éponge

Plusieurs personnes en grande difficultés jusqu’alors prises en charge par une association d’insertion vont faire les frais de la nouvelle politique sociale mise en oeuvre par le Département du Morbihan. Cette nouvelle stratégie impose des objectifs tels, qu’à l’unanimité, l’association « Pas à Pas » a décidé de jeter l’éponge. Lors d’une assemblée générale extraordinaire elle a décidé de se saborder. Une décision qui débouche sur le licenciement économique de trois salariés et sur l’abandon d’une quarantaine de bénéficiaires à leur sort.

Avec tristesse, découragement et une colère contenue, la présidente de l’association basée à Ruffiac, Odile Lerat, accompagnée de bénévoles est revenue sur la spirale infernale qui a débouché sur cette situation. Historiquement cette association a été créée en 1996 avec pour objectif de tendre la main à la frange la plus défavorisée de notre société. Ce sont en général des bénéficiaires du RSA qui lui sont envoyés par les services sociaux du département, mais aussi pour 30% de personnes en situation de handicap. Par l’intermédiaire d’ateliers (jardinage, restauration, petites réparations, mais aussi sophrologie, théatre…) l’association s’efforce de sortir ces personnes de l’isolement de remettre du lien social dans leur vie. « Le terme est brutal mais ce sont des « cassés de la vie », des gens qui souvent cumulent une somme de problèmes aussi bien physiques que sur le plan moral ou de la santé. Ils sont bien souvent dans l’incapacité de retrouver un emploi. On estime que seulement 5 à 7% pour d’eux réussissent chaque année à retrouver une voie vers un emploi… », explique Odile Lerat.

Au fil des ans, l’association a étendu son champs d’action à un vaste territoire allant du Pays de Ploërmel à Arc sud Bretagne, en passant par Questembert; le sud-est du Morbihan, soit 65 communes. Elle dispose de deux points d’ancrage, un dans la maison familiale de Ruffiac et l’autre à Muzillac dans des locaux prêtés par la communauté de communes. Au début de 2018, l’association Pas à pas a reconstitué son bureau et s’était lancée dans une réflexion pour mettre en place de nouveaux projets. ses activités sont financées à 98% par le Conseil Départemental. Or, en milieu d’année dernière le conseil départemental a adopté une nouvelle politique sociale et fixé de nouvelles règles pour l’attribution de ses subventions. « En fait le conseil départemental a lancé un appel à projets aux associations à vocations sociale du département. Nous y avons répondu en octobre et début décembre on nous a répondu que le dossier n’était pas rejeté mais qu’il ne correspondait pas à l’appel à projet et un nouveau rendez-vous a été fixé le 25 janvier. Nous avons reçu la veille de ce rendez-vous les remarques du conseil départemental. Nous avons été reçues par les techniciens du département qui nous ont dit que notre dossier ne correspondait pas à l’appel à projets », détaille Odile Lerat. Le conseil départemental demande dans le cadre de sa nouvelle stratégie que pendant 8 semaines sur une durée de 9 mois, tous les bénéficiaires exercent des activités extérieures (bénévolat associatif, travail temporaire…). A l’issue de ce contrat de 9 mois, la moitié des bénéficiaires devra avoir trouvé un projet d’insertion. Or le versement de 40% de la subvention départementale est soumise à la réalisation de cet objectif, seulement s’il est atteint. Un financement « après-coup » qui fragilise l’équilibre financier de la structure.

« C’est tout simplement impossible. La situation de nos bénéficiaires de ne leur pas de suivre un tel parcours », estime Odile Lerat. Du coup, l’association a décidé de mettre un terme à ses activités le 31 mars prochain. La quarantaine de bénéficiaires actuellement accueillis -plus de 40 sur 27 communes- ne pourront plus être prise en charge 3 à 4 jours par semaine.

« La décision du conseil départemental de financer au résultat le travail social ne correspond pas à notre éthique d’association d’accompagnement des populations les plus fragilisées et éloignées de l’emploi », commentent avec amertume l’une des bénévoles de l’association. Chez les bénéficiaires, c’est le sentiment d’être abandonne qui prédomine.

Nous avons contacté les services du Département afin de recueillir leur réaction.


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