Publié le 11 septembre 2026
Morbihan. Sécheresse, indemnisation, ressource en eau… les défis de la rentrée pour la FDSEA
Version sans publicité
Soutenez notre média local et profitez d’une lecture sans interruption
Canicule, sécheresse, mortalité dans les élevages, récoltes en forte baisse et trésoreries sous tension : la FDSEA du Morbihan dresse un bilan très préoccupant de l’été 2026. Mais Franck Pellerin, son président, et Nicolas Chesnin, son secrétaire général, veulent surtout regarder devant. Parmi les solutions qu’ils défendent : accélérer fortement la création de réserves d’eau dans le département, si possible utilisables par plusieurs catégories d’usagers.
« Qu’est-ce que vont manger les vaches l’année prochaine ? ». La question résume à elle seule l’inquiétude qui traverse actuellement une partie du monde agricole morbihannais. Lors de sa conférence de presse de rentrée, ce jeudi, la FDSEA du Morbihan est longuement revenue sur les conséquences d’un été marqué par plusieurs épisodes caniculaires et une sécheresse persistante.
Une crise climatique qui frappe des exploitations dont certaines étaient déjà fragilisées économiquement avant l’été.
« Dès mai-juin, les situations économiques de beaucoup de filières n’étaient pas bonnes », rappelle Franck Pellerin, président de la FDSEA du Morbihan, agriculteur à Val d’Oust.
Depuis, les rendements ont chuté et les charges, elles, n’ont pas disparu.
Des rendements de maïs parfois divisés par quatre
Dans certains secteurs du sud et du sud-est du département, la FDSEA fait état de rendements de maïs ensilage divisés par trois, voire par quatre. Un problème immédiat mais dont les conséquences pourraient surtout apparaître dans plusieurs mois.
Le maïs récolté actuellement doit en effet permettre de nourrir les troupeaux jusqu’à la prochaine récolte, à la fin de l’été 2027.
La canicule a aussi frappé au moment de la floraison. Au-delà d’une certaine température, explique la FDSEA, la fécondation du maïs peut être compromise. Certains agriculteurs ont ainsi récolté des plantes petites, desséchées et pauvres en grains, donc d’une valeur alimentaire moindre.
« Ça va remplir la panse des vaches, mais c’est tout ce que ça va faire », résume Nicolas Chesnin.
Les producteurs tentent déjà de s’adapter. Des surfaces initialement destinées au maïs grain ont été récupérées pour produire du fourrage. Des cultures intermédiaires, comme du ray-grass ou du trèfle, doivent également être semées afin d’obtenir de nouvelles ressources dès le printemps.
Mais si le fourrage vient réellement à manquer, une autre solution se profile : réduire les troupeaux en vendant les animaux les moins productifs. C’est ce qu’on appelle la « décapitalisation », un processus également redouté par le préfet lors de sa conférence de presse sur le sujet, il y a quelques jours.
« Une grosse fatigue » dans les exploitations
Aux difficultés financières s’ajoute une dimension humaine sur laquelle les deux responsables insistent.
Pendant les fortes chaleurs, notamment en juin, certains éleveurs ont dû surveiller leurs animaux quasiment jour et nuit. Des mortalités ont touché les élevages de volailles et de porcs. Chez les bovins, les conséquences sont plus lentes à apparaître et certains animaux restent, selon Nicolas Chesnin, affaiblis plusieurs semaines après les épisodes caniculaires.
« On ne ressent pas forcément de colère à l’instant T. C’est plus de la fatigue par rapport à tout ce qu’on a subi », constate le secrétaire général de la FDSEA.
Et la sécheresse n’est toujours pas complètement derrière eux. La fédération évoque des sols encore très secs et des semis d’herbe qui pourraient échouer faute de nouvelles précipitations.
3,2 millions d’euros pour le Morbihan : « le compte n’y est pas »
La FDSEA porte également un regard très critique sur le plan national annoncé pour soutenir l’agriculture.
Selon Franck Pellerin, 3,2 millions d’euros doivent revenir au Morbihan au titre du plan dit de « réarmement » de la production. Mais la fédération estime les besoins de certaines filières particulièrement touchées — lait, porc, grandes cultures et productions végétales — à environ 50 000 euros par actif pour pouvoir relancer ou maintenir la production. Il suffit de diviser les 3,2 millions d’euros par environ 4000 exploitations agricoles -même si toutes ne sont pas dans la même situation- pour constater l’ampleur du différentiel.
« Ce n’est pas pour avoir du revenu. C’est pour continuer de produire et continuer de nourrir », insiste-t-il.
Pour la FDSEA, les aides publiques ne suffiront donc pas. Elle réclame surtout une hausse des prix payés aux producteurs et une réouverture des négociations commerciales lorsque cela est possible. Interrogés sur les conséquences pour le consommateur de cette stratégie, les deux responsables soulignent que la part de l’alimentation a considérablement diminué dans le budget des ménags au fil des années pour ne plus en occuper que 11%. Une façon de rappeler que l’évolution de la situation climatique suppose aussi des changements de comportement dans la vie quotidienne.
« Vous me voyez arriver : c’est l’eau »
Mais au-delà de l’urgence financière, la sécheresse de 2026 relance une question beaucoup plus structurelle.
« Il y a un des leviers pour produire de l’herbe, de la luzerne, du maïs, des légumes. Vous me voyez arriver : c’est l’eau », lance Franck Pellerin.
La FDSEA demande donc une accélération des projets de retenues d’eau dans le Morbihan.
Le sujet avait déjà été abordé avec le préfet au début de l’année, paradoxalement au moment où le département connaissait des inondations. Selon les responsables syndicaux, sept à huit projets seraient actuellement dans les tuyaux, mais ils considèrent ce nombre très insuffisant. Toujours lors de sa conférence de presse, le préfet avait également laissé entendre que plus de projets sont nécessaires…
Ils veulent aussi s’éloigner du débat autour du terme très polémique de « bassines ».
« Je peux dire aussi la poubelle sous la gouttière », ironise Franck Pellerin pour défendre le principe consistant à conserver une partie de l’eau disponible en période humide afin de pouvoir l’utiliser lorsque la ressource devient rare.
Des réserves pour l’agriculture, mais pas seulement
Surtout, la FDSEA affirme ne pas défendre exclusivement des réserves privées destinées à l’irrigation agricole.
Elle propose de développer des retenues multi-usages, dont la vocation pourrait être déterminée territoire par territoire : irrigation, besoins des collectivités, sécurisation de l’eau potable ou encore réserves utilisables par les pompiers.
« S’il y a des projets de réserves d’eau multi-usages, nous, on signe des deux mains », assure Franck Pellerin.
Il suggère notamment d’associer dès la conception des projets les EPCI et le SDIS, certaines retenues agricoles pouvant déjà servir en cas d’incendie.
La FDSEA met également en avant un chiffre pour tenter de « dépassionner » le débat : selon elle, seulement 1 % de la surface agricole utile du Morbihan est actuellement irriguée. Doubler cette surface reviendrait donc à passer à 2 %, souligne Nicolas Chesnin.
« Il restera quand même 98 % qui ne sera pas irrigué. »
« Créer des oasis sur le territoire »
La fédération assume ainsi une stratégie qu’elle résume par une image : « créer des oasis ».
Elle estime que retenues d’eau et préservation des zones humides ne sont pas nécessairement incompatibles et souhaite que les procédures administratives soient accélérées. Selon Franck Pellerin, la réalisation technique d’une retenue peut prendre quelques mois, mais les procédures peuvent porter le délai total à un ou deux ans.
« Nous, on milite pour qu’en un an, ce soit fait. Puisqu’il y a urgence. On n’est pas à l’abri d’une deuxième sécheresse, d’une troisième… »
Cette réflexion sur l’eau s’inscrit dans une adaptation plus générale au changement climatique : modernisation et ventilation des bâtiments d’élevage, recherche agronomique, évolution des cultures ou encore progrès génétiques.
Mais là encore, la FDSEA revient à l’équation économique : impossible, selon elle, de demander aux exploitants d’investir massivement pour adapter leurs fermes s’ils ne dégagent pas suffisamment de revenus.
Des conséquences bien au-delà des agriculteurs
La fédération alerte enfin sur un possible effet domino dans l’économie rurale. Entreprises de travaux agricoles, Cuma, fournisseurs et nombreux autres prestataires dépendent directement de l’activité des exploitations.
« C’est tout le tissu local, dans nos communes, qui risque aussi de souffrir », prévient Nicolas Chesnin.
La FDSEA doit rencontrer des parlementaires morbihannais et des représentants du Conseil régional pour leur présenter la situation. Elle entend également profiter du Space, la semaine prochaine, pour poursuivre les discussions.
Pour Franck Pellerin et Nicolas Chesnin, l’été 2026 aura en tout cas posé une question qui dépasse désormais la seule gestion de cette sécheresse : comment produire demain dans le Morbihan avec davantage de chaleur et une ressource en eau disponible à des périodes de plus en plus décalées par rapport aux besoins ?
Articles similaires
Morbihan. Fête de la musique: ouverture prolongée pour les débits de boisson
⭐ Version sans publicité Soutenez notre média local et profitez d’une lecture sans interruption Je…
Pays de Ploërmel. 12 000 usagers privés d’internet et de téléphone
⭐ Version sans publicité Soutenez notre média local et profitez d’une lecture sans interruption Je…
Morbihan. Les binômes de gauche et écologistes appellent à « un sursaut démocratique »
⭐ Version sans publicité Soutenez notre média local et profitez d’une lecture sans interruption Je…
Morbihan. Abandons d’animaux : la SPA alerte avant les vacances…
⭐ Version sans publicité Soutenez notre média local et profitez d’une lecture sans interruption Je…