Caro. Au coeur de l’élevage visé par les associations de défense des animaux

-J.G.-

Ce mardi après-midi, l’éleveuse de Caro mise en cause par les associations L214 et 30 millions d’Amis pour les conditions dans lesquelles des poules pondeuses sont élevées en cage, est allée porter plainte à la gendarmerie. Elle dénonce le « harcèlement » voire la volonté de nuire dont elle est l’objet de la part de ces associations. Elle a accepté de nous faire visiter ses installations et notamment le bâtiment incriminé par les associations. Nous avons pu y constater la présence de poules, certes enfermées dans des cages, mais en pleine santé (voir nos photos). L’association L214 a adjoint à son communiqué une note « à l’intention les journalistes » en forme d’avertissement:  « à l’heure où nous publions ces images, les poules filmées en mai 2019 ont toutes été envoyées à l’abattoir. Il est probable que, conformément aux pratiques de l’industrie, 190 000 nouvelles jeunes poules aient été placées entre-temps dans ces mêmes cages, en remplacement du cheptel précédent. À l’arrivée, ces jeunes poules sont plutôt bien emplumées et vives, mais après quelques semaines d’enfermement en batterie de cages, leur état de santé sera dégradé, leur plumage en piteux état. »

Pour L’éleveuse c’est Un « montage » vidéo…

L’éleveuse dénonce un amalgame trop facile. « Une poule, c’est comme tout être humain. Son apparence change entre sa jeunesse et sa vieillesse. Une poule en fin de cycle de production est obligatoirement moins emplumée qu’à son arrivée ». Mais elle dénonce en bloc les accusations de mauvais traitement. « On dit dans cette vidéo que nous laissons les poules assoiffées. Cela n’a aucun sens. Ce n’est pas dans notre état d’esprit et surtout pas dans notre intérêt. Ces poules sont vendues au kilo, ce n’est notre intérêt de les priver de nourriture et d’eau… ». Elle reconnait la possibilité que des poules s’échappent au moment de l’opération de vidage du bâtiment qui est réalisée par une société spécialisée, extérieure. « Mais jamais on a des poules mortes qui s’accumulent dans les allées comme on le voit sur les images. Nous pratiquons un vrai métier qui a ses règles. Nous visitons nos installations tous les jours. Il arrive qu’il y ait des poules mortes, mais elles sont éliminées systématiquement et régulièrement. Cette vidéo n’est pas représentative de ce qu’est non seulement notre élevage mais notre profession en général… ».

C’est la deuxième fois en quelques semaines que cet élevage est ciblé par les associations de défense des animaux. Une coïncidence troublante, estime l’éleveuse qui  s’inquiète d’être visée en raison de ses fonctions au sein de l’interprofession qui l’ont amenée à manifester pour défendre les professionnels du secteur. « Le comble c’est qu’en avril, au moment où la première vidéo a été diffusée, nous avons fait l’objet d’un contrôle approfondi de la part de la Direction de la Protection des populations (ndlr: ex-DSV des services préfectoraux). La directrice et un inspecteur ont  passé 4 heures dans nos installation et leur rapport est sans équivoque. Ils n’ont constaté aucune anomalie et ils confirment que notre installation est parfaitement aux normes… », s’insurge-t-elle -nous avons pu lire ce courrier-, émettant l’hypothèse que la vidéo soit un montage.

L214 dénonce le circuit des « oeufs cachés »

Le représentant de l’association L214 écarte toute intention d’acharnement. « Nous ne faisons pas la chasse à tel ou tel éleveur. Ce que nous dénonçons, ce sont les pratiques d’une filière… », nous explique-t-il. Mais surtout, au-delà d’un cas particulier, les associations dénoncent le double langage, notamment du groupe Avril, premier producteur d’oeufs français qui reçoit les oeufs de cet élevage. Ce groupe s’était engagé en octobre dernier à ne plus commercialiser d’oeufs issus d’élevages en cages, sous sa marque Matine, d’ici 2025. Pour les associations, il n’avait pas le choix. « Cette annonce n’est qu’une conséquence de l’engagement pris par la grande distribution à ne plus commercialiser d’oeufs produits dans ces conditions ». Elles dénoncent le circuit des « oeufs cachés », c’est à dire des « oeufs utilisés par l’industrie agro-alimentaire ou la restauration sous forme liquide ou en poudre pour fabriquer de nombreux produits élaborés ou servis dans les cantines scolaires, les maisons de retraite ou encore les restaurants d’entreprise ».

L’élevage en cage, c’est fini…

En fait, cette affaire semble être le reflet d’une évolution de la société dans sa relation avec le monde animal et de ses modes de consommation. Les éleveurs de Caro en ont bien conscience et ont le sentiment d’être pris de vitesse par le phénomène. « En vingt ans, la réglementation a réduit de moitié la densité de poules au mètre carré et désormais on s’oriente vers l’élevage en liberté. Le bâtiment dans lequel nous nous trouvons a été réalisé en 2012 en conformité avec de nouvelles normes européennes concernant le bien-être animal. C’est un investissement lourd qui n’est pas encore amorti. Et pourtant les lots de poules que nous venons de recevoir sont les derniers qui y seront élevés. L’année prochaine, nous passerons en élevage alternatif, c’est à dire qu’il n’y aura plus de cages, les poules seront élevées au sol et déjà nous préparons l’avenir avec le passage au bio. Ce sont des décisions qui sont actées depuis des mois, mais tout cela ne peut pas se faire du jour au lendemein », explique l’éleveuse qui s’avoue affectée par cette campagne qu’elle juge injuste. « Nous sommes une affaire familiale. On a le sentiment de bien faire notre travail en respectant scrupuleusement les normes. Toute cette affaire porte atteinte à notre image, vis à vis de nos clients, de nos employés, de nos proches. C’est très difficile à vivre… ».

Une vidéo à charge

A l’appui de leurs communiqués, les associations L214 et 30 millions d’Amis diffusent une vidéo dont ils affirment qu’elle a été tournée dans l’élevage en question, commentée par Réa Hutin, la présidente de 30 millions d’Amis. 

« Ces nouvelles images, tournées le 3 mai dernier, prouvent une fois encore que l’élevage en cage inflige des conditions de vie catastrophiques aux poules. Entassées et enfermées dans ces cages, incapables d’exprimer leurs comportements naturels, les poules ne connaîtront qu’une vie de souffrances », écrivent les associations. Réa Hutin incite à la signature d’une pétition destinée à faire pression sur le groupe Avril.

Attention, les images peuvent choquer.

Voici les photos que nous avons prises ce mardi après-midi dans la bâtiment en question:

 


'Caro. Au coeur de l’élevage visé par les associations de défense des animaux' a 2 commentaires

  1. 11 juin 2019 @ 21 h 01 min Bioman

    Autant de poules…est ce bien raisonnable pour une affaire dite familiale ???
    Autant de souffrance pour le business groupe avril … Il est vraiment temps de retrouver la raison !
    Merci aux lanceurs d alertes

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  2. 12 juin 2019 @ 19 h 03 min vert

    Des poules certainement mieux logées que certains humains de cette » FRANCE » bien malade comme ces 2 associations .courage aux éleveur

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