Reportage. Libération : de Saint-Marcel à Caen, les leçons de l’histoire

Avant-propos

Saint-Marcel, dans les Landes de Lanvaux, a abrité le plus grand maquis breton, où s’est déroulé le 18 Juin 1944, un combat mémorable de l’histoire de la France et de la Bretagne. Avant même que les alliés débarquent en Normandie, les parachutistes de la France Libre étaient largués sur la Bretagne, et dans les jours qui suivirent à Saint-Marcel où se rassemblaient 2500 Bretons.

« Ces faits d’armes de la Résistance en Bretagne, l’une des premières régions de France reconnue pour son héroïsme et ses sacrifices, méritent d’être reconnus, expliqués, commémorés et préservés à jamais », est-il indiqué sur le site du Musée de la Résistance bretonne de Saint-Marcel. Le maquis de Saint-Marcel a joué un rôle déterminant dans la réussite du débarquement, puisque l’action des résistants bretons a retardé l’avancée des renforts allemands vers la Normandie. Le prix payé par les résistants bretons et la population pour cet acte héroïque a été très lourd.

Vous avez peut-être déjà visité le Mémorial de Caen. Si vous êtes en vacances dans le Morbihan, allez visiter le musée de la Résistance bretonne de Saint-Marcel pour mieux comprendre comment le sacrifice de certains a permis de préserver la liberté dont nous jouissons aujourd’hui, alors même que de nouvelles menaces pèsent sur nos démocraties. On doit à Thucydide, un historien Grec (-460 avant JC) cette citation devenue célèbre : « l’histoire est un perpétuel recommencement ». Mais l’Histoire porte en elle aussi les leçons qui pourraient permettre à nos sociétés modernes d’éviter de tels pièges et les clés d’un développement harmonieux. A condition que l’être humain devienne raisonnable. C’est pas gagné.

La délégation d’Omaha Beach lors des cérémonies commémoratives des combats de Saint-Marcel

Et l’histoire se joue près de chez nous. En juin 2014, une délégation de Colleville, Vierville et Saint-Laurent sur mer, villes des plages du débarquement était venu participer aux cérémonies du 70è anniversaire des combats de Saint-Marcel. Une présence qui montrait que les Normands avaient conscience du rôle joué par les Résistants bretons dans la réussite du débarquement. L’année suivante une délégation de Saint-Marcel s’était à son tour rendue à Omaha Beach. Les Résistants Bretons et les habitants de la région de Saint-Marcel, mais aussi de Plumelec, Sérent, etc… ont payé cher leur engagement pour la réussite du débarquement. Mais en Normandie, le retour vers la liberté s’est fait sous un déluge de feu. Caen, ville martyre en est la preuve. Pour Les Infos du Pays Gallo, Raymond Le Théoff, notre journaliste en charge du secteur de Questembert a suivi les cérémonies commémoratives qui se sont déroulées à Caen le 19 juilllet. Il a notamment rencontré Albert Morel, (22 ans à l’époque) acteur et témoin de la libération de la ville.

Un reportage que nous dédions à toutes les victimes de la guerre, une contribution au devoir de mémoire que fait survivre le musée de Saint-Marcel. Il est en ce moment ouvert tous les jours de 10h à 18h30. (plus d’infos en cliquant ici)

Jacky Guyon

70 ans après, Albert Morel attend toujours la Légion d’Honneur

Reportage Raymond Le Théoff

Il y a 73 ans, Caen, après un terrible siège de plus d’un mois après le débarquement, était enfin complètement libérée. Les troupes alliées avaient réussi à libérer la rive gauche, le 9 juillet, mais les Allemands résistaient toujours et empêchaient les libérateurs de franchir l’Orne, frontière naturelle entre les deux rives de la ville et position stratégique dans l’avancée vers Paris. La Rive droite fut libérée le 19 juillet et chaque année depuis, une cérémonie se déroule à la stèle des Canadiens. Albert Morel, 95 ans, ne manquerait cette cérémonie pour rien au monde : « Ce sont les Canadiens qui m’ont libéré, je ne l’oublierais jamais! J’étais caché à Lasson (Calvados) dans une ferme pour échapper au STO (Service  du Travail Obligatoire en Allemagne) et en rentrant du travail des champs, les Canadiens étaient dans la cour de la ferme. Tout de suite j’ai pensé : c’est fini je n’irai pas en Allemagne et je vais revoir mes parents et j’étais tellement content que je les ai embrassés ! ».  Le 19 juillet dernier, au cours de cette cérémonie, le maire de Caen, Joël Bruneau,  a rappelé le sacrifice des troupes canadiennes lors des affrontements qui ont conduit à la libération de la ville : « Plus de cinq mille militaires Canadiens sont morts à plus de 8 000 km de chez eux pour nous libérer. »  Aussitôt, Albert Morel s’est rallié au régiment Canadien de la Chaudière avec lequel il combattra jusqu’aux environs du Havre, durant 3 mois.

De Courseulles à Caen les Canadiens ont marqué l’histoire

Les troupes Canadiennes ont débarqué le 6 juin sur le secteur de Juno Beach (Courseulles, Graye, Bernières et Saint Aubin) soit sur huit kilomètres de plage. À Bernières, sur la digue, la maison des Canadiens témoigne de cet engagement. Une plaque commémorative rappelle  que cette maison a été l’une des premières, sinon la première,  libérée pendant le débarquement. À Courseulles, un mémorial, le centre Juno Beach a été édifié en mémoire des 55 000 Canadiens tués pendant la seconde guerre mondiale. Il faudra un mois au régiment canadien de la Chaudière et à Albert Morel pour atteindre Caen distant de 25 km: « Je connaissais parfaitement bien le secteur, j’indiquais les chemins et les passages aux Canadiens».  Ensuite ce fut, à partir du 9 juillet  la bataille pour libérer Caen. Un terrible bombardement aura raison de l’envahisseur. Caen était rasée mais libérée. Au soir du 19 juillet, les Canadiens pénétraient sur la Rive droite de la ville. Des liens très étroits ont subsisté entre la famille d’Albert Morel et le Canada. Retraité des Postes, Albert Morel, âgé aujourd’hui de 95 ans, a toujours milité auprès des associations d’anciens combattants. Il est à l’origine, avec Bernard Nourry, Michel Le Baron et quelques autres du Comité «Juno Normandie Canada», il est président honoraire des anciens combattants de La Poste et France Télécommunication du Calvados. Albert Morel a également créé l’Association des donneurs de sang de la Poste de Caen et la section Basket de l’ASPTT de Caen, deux associations qui existent toujours. Il a été durant 40 ans trésorier de la Ligue de Basket  du Calvados. Malgré tous ses actes de courages ou de dévouements associatifs, Albert Morel n’a toujours pas obtenu la Légion d’Honneur : « Ce n’est pas pour moi que j’aimerais la recevoir, mais cela ferait tellement plaisir à mon épouse » aime-t-il à répéter.

 


'Reportage. Libération : de Saint-Marcel à Caen, les leçons de l’histoire' a 3 commentaires

  1. 25 juillet 2017 @ 11 h 44 min jean-claude GUIL

    cher Jacky GUYON
    Félicitations pour la qualité de votre article,en cette période où l’on rencontre l’égoïsme voire le narcissisme
    je salue votre rappel du passé et en particulier de cette année 1944 les marcelais et marcelaises de cette première moitié du vingtième siècle se souviennent de ces instants tragiques beaucoup d’entres nous portent encore les stigmates (syndromes subjectifs de ces traumatismes) se souvenir est un devoir car qui n’a pas de passé n’a pas d’avenir.Je mène en ce moment un combat pour la mémoire du lieutenant Emile MOREL combattant FFI du village de la née en St MARCEL fait prisonnier martyrisé les nazis lui ont cousu les lèvres avec du fil de fer symbole de son mutisme et de grand courage l’on retrouvera son corps en mai 1945 au fort de penthièvre à St Pierre Quiberon.

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    • 18 août 2017 @ 12 h 11 min MARECHAL

      Bonjour, mon oncle, que je n’ai pas connu étant né après guerre, s’appelait Jean MARECHAL. Il faisait partie des « martyrs » de Penthièvre. On ne parle pas assez de cet épisode tragique.

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  2. 18 août 2017 @ 11 h 50 min tastard-poirier jocelyne

    Oui à ma grand mère marie menant résistante, présente sur le monument de Sérent (tout en bas à droite) merci pour elle

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